J’aime les bagels.

Salut mon amour, je voulais te dire (inquiète-toi pas je te le dirai pas, j’ai compris qu’on doit pu se parler, alors je t’écris, ça coûte rien pis tu verras jamais ça) que ce matin, t’as pas été la première chose à laquelle j’ai pensé. C’est difficile parce que ça me rend tellement triste de ne plus penser à toi, je te sens partir et je devrais être contente de relever la tête, mais je sais pas si j’aime pas mieux au fond quand je garde la tête baissée en direction de ma poitrine parce que c’est là qu’on est nous deux encore ensemble, juste là, dans ma poitrine, ensemble.

Alors je t’avouerai que t’as été la deuxième chose à laquelle j’ai pensé pour me déculpabiliser d’avoir pendant une fraction de seconde imaginé que c’était fini pour de bon. Deuxième, ouais, mais crime ça fait du bien, deuxième c’est déjà pu la première. Quand t’es parti, des fois je mangeais un bagel le matin pis je le finissais pas parce que je sais que t’aimes pas les bagels pis je me disais que ben si tu débarquais pour me dire salut on pourrait pas le partager, fak je me levais, pis je mangeais des céréales pour me bourrer parce que c’était ta sorte pis je l’ai achetée vraiment longtemps encore après que tu sois parti d’un coup que tu revenais à la maison et que tu voyais qu’il y en avait encore et que tu te sentais cute et que tu serais content de ça pis je te regarderais avec des yeux de : «je t’ai jamais oublié», pis tu le saurais parce que j’achète encore des croquants au miel, même si j’aime mieux les bagels. C’est con estik que c’est con, mais j’aime mieux me finir aux céréales que de mettons compter mes calories, dans le genre obsession y’en a des meilleures que d’autres. C’est sûr que pendant un temps ça a été très rassurant pour moi d’écouter juste ta musique sur mon Ipod d’un coup qu’on se croiserait dans la rue pis que tu prendrais un de mes écouteurs pour voir ce que j’écoute t’sais, personne fait jamais ça, mais au moins quand je pensais à cette situation-là en marchant dans la rue j’étais un bon 15 minutes à juste nous imaginer nous croiser, ça m’occupait l’esprit. C’est sûr que ça m’a fait du bien de changer de maison, pu être dans le salon qu’on s’est frenchés pis pu être dans la chambre où je t’ai coiffé avant mettons une entrevue pour une job ou une autre fois je pense qu’on faisait juste recevoir des amis chez nous mais t’avais envie de te sentir cute fak je t’avais coiffé, pis c’était cool c’est le genre d’affaires qu’on faisait ensemble, mais aujourd’hui je me dis que je pourrais le faire avec n’importe qui d’autre, mais non je m’excuse je le pense pas.

C’est difficile de te sentir partir de moi, mon amour. C’est juste tellement difficile de me dire que ta mère me fera pu à manger, jamais jamais, pis t’sais ton frère aussi je l’aimais beaucoup, mais lui aussi c’est un deuil, tu pars avec une partie de ma vie, mais c’est pas ton frère le problème, je m’excuse. Ma mère a vu ta mère à l’épicerie l’autre fois et ta mère a dit à ma mère que t’avais trouvé ça dur, ma mère m’a dit que ça avait l’air d’un concours entre les deux pour savoir lequel de leur enfant avait le plus souffert parce que les deux trouvent qu’on a souffert pas mal chacun de notre bord, estik que c’est dur de pas t’appeler quand je sais que tu as souffert de ton bord pis moi du mien. Ta mère a dit à ma mère qu’elle avait vu mes photos Facebook pis que j’avais perdu du poids, ma mère a répondu que c’était parce que maintenant j’habite toute seule, pis que j’ai moins d’appétit, moi je sais que c’est parce que ta mère beurre ses croutons en crime, même si sont dans une salade, ça fait la différence. On s’en fout dans le fond c’est tellement pas ta mère le problème.

T’sais des fois je me disais qu’on allait revenir ensemble là. Classique. Genre élaborer des plans pour te recroiser par «hasard» pis faire semblant d’être encore plus tipsy que je le suis pis comme dire : «Come on, juste ce soir». La vérité, c’est que tipsy ou pas ça reste pareil, je me réveille le matin pis je me recroqueville sur un bord de lit abandonné. C’est pas le matin le problème, je m’excuse. La seule raison pourquoi je te garde sur mon Facebook, c’est que tout ton maudit profil est public fak je me dis que tant qu’à voir le tien j’aime aussi ben que tu vois le mien. Pas évident laisser quelqu’un en ce moment. Merci de pas trop mettre du monde que je connais pas sur tes photos Instagram, je sais pas si tu fais exprès, mais ça m’aide pour le moment.

Tranquillement, le monde nous associe pu un à l’autre et ça fait tellement mal, j’aimais ça qu’on me demande où t’étais, quand est-ce que t’arrivais, tes plans pour la fin de semaine. J’aimais ça répondre sur ton cell pis que le monde trouve ça normal que ce soit moi qui réponde, j’aimais ça avoir le choix d’aller te rejoindre dans la douche ou pas. En fin de semaine, je suis allée chez nos amis pis t’étais pas là. Je me disais que tu allais sûrement arriver plus tard, mais t’es pas arrivé. Longue soirée à checker la porte s’ouvrir pis se fermer sur du monde que je m’en criss pendant que mon amour est ailleurs à faire j’sais pas quoi avec j’sais pas qui. La seule affaire qui m’a rassurée, c’est quand une fille nowhere m’a demandé où t’étais, ça a aidé ma soirée. Réalises-tu? Apprendre à quelqu’un qu’on est plus ensemble a fait que j’ai mieux dormi. J’ai chigné à l’intérieur, chigné en crime, Myriam m’a pris la main parce qu’elle comprenait, mais je veux pas qu’elle comprenne. Les gens qui comprennent me disent que ça va passer, yo je suis pas intéressée.

J’ai hâte de pu imaginer nos conversations dans ma tête.

J’ai hâte de redécouvrir ce que moi j’aime, parce qu’en ce moment j’en ai aucune estik d’idée pis ça m’aide pas pentoute. Duh y’a des affaires évidentes là, genre «j’aime la musique» mais mettons  juste que de cuisiner pour toi ça m’empêchait de me demander ce que moi j’avais envie de manger. Je me retrouve dans un estik de néant de possibilités de bouffe, on s’en fout c’est pas la bouffe le problème, pourquoi je parle toujours de bouffe, je change de sujet, je veux pas être méchante, je suis désolée si on se recroise et que je le deviens, je sais que tu es bien avec elle et qu’elle a l’air gentille, je t’attends encore, même si j’aurais aimé être la première à me trouver quelqu’un d’autre, c’est égoïste, je te souhaite pas tellement d’être heureux avec elle. J’aurais aimé que ta vie s’arrête à moi, ça y’est, je l’ai dit. Ces temps-ci y’a la moitié des gens que je croise à qui je dis des affaires semi-méchantes à propos de toi, j’ai même fait semblant une fois que tu avais eu ta nouvelle blonde pendant qu’on était encore ensemble, je sais c’est niaiseux, mais on dirait que c’est comme ça que je me sens, j’ai pas pu tenir longtemps j’ai ajouté plus tard dans la conversation : «ah mais non, on s’est mal comprises, il m’a pas trompée là, non non c’est vraiment un gars correct», je suis désolée, tu le sais que j’dis n’importe quoi des fois, je gère mal  c’est juste que pour les prochains temps je pourrai pu m’expliquer à toi alors garde en tête que je te veux pas de mal, pis même si je vais trop loin appelle-moi pas parce que sûrement qu’un moment donné ça pourrait devenir que je fais exprès d’être méchante juste pour que tu m’appelles, appelle-moi jamais. J’ai arrêté d’en parler à ma job, je pense que c’est bon signe, je choisis ceux à qui je dis que je suis triste maintenant, je le dis pus n’importe quand à n’importe qui qui veut bien m’entendre, mettons même ma mère des fois je lui dis que ça va mieux. Je raconte souvent des affaires qu’on faisait ensemble pis ça rend le monde mal à l’aise, mais je fais des jokes après. Je pense que je suis sur une bonne voie de guérison, ce matin c’est ça tu étais la deuxième chose à laquelle j’ai pensé peut-être que demain on s’enligne vers la troisième, je sais pas en même temps c’est vrai que y’a pas mettons «les 10 premières choses auxquelles je pense le matin», mais savoir que le café t’a détrôné me rassure en maudit, j’aime vraiment le café. Autant que je t’aime toi, mettons. T’es encore mon amour, mon amour. Un jour je vais arrêter d’avoir autant besoin de toi autant que j’ai besoin de café. Pis un jour tout ce qui me restera de toi dans ma vie c’est des maudites bonnes jokes de bébés morts ou des affaires comme ça, c’est correct, on a le droit d’être heureux un sans l’autre. Ça va être le fun, je veux pas dire ça, mais je le pense. J’aime les bagels. J’aime les bagels, regarde je le dis, j’aime les bagels.

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On l’a fait, au complet, cette histoire d’amour-là, ensemble. Tu étais très bon. Tu vas me manquer dans ma poitrine. Aujourd’hui il fait beau, comme toi.

 

Pour lire J’aime les croquants au miel :
https://ma-querelle.net/2013/11/07/jaime-les-croquants-au-miel/