T’ahire or not t’ahire … C’est une vraie question ris pas.

Je peux pas t’haïr parce que ça voudrait dire que je t’ai jamais vraiment connu et ça je le supporterais pas même si j’en ai ma petite idée, ouais en background, une petite idée dans le style petite voix intérieure que j’y fais des fuck you plus souvent qu’autrement.

Je peux pas t’haïr parce que ça voudrait dire que je te comprends pas, pourtant j’ai bien tout essayé pour y arriver, mais tu t’entêtes à rien m’expliquer, à te contredire, à m’enrager, à nous ignorer.

Quand t’étais là je voyais ta face au moins.

Tes yeux ont l’air d’avoir deux ans d’âge mental, je me disais que je m’étais trompée j’en ai toujours pour longtemps à m’en remettre de tes yeux de bébé. Semi-mouillés tout le temps je me disais que je t’émouvais, c’est un peu niaiseux, personne peut émouvoir un bébé.

Si je t’haïs ça veut dire que t’existes pas pour moi parce qu’haïr autant quelqu’un qu’on connaît c’est physiquement impossible.

J’y pense, j’ai aucune preuve que t’existes, aucune.

J’ai rien de toi dans mon quotidien en ce moment, j’ai même pas une trace de ton passage dans ma vie, j’ai même pas ma petite idée de ce que tu fais en ce moment et moi pourtant, je suis chez nous à peser le pour et les contres de te détester pour de bon.

J’ai même pas un cadre de toi, j’ai même pas ton numéro de cell, j’ai même pas un chapeau qui aurait pu t’appartenir qui traine en dessous d’une veste dans le fond de mon garde-robe, j’ai même pas un vieux bas à toi, encore moins un classique ti-shirt, y’a même pas un petit peu d’eau qui t’a touché qui reste dans le fond de mon bain y’a même pas un verre qui t’a goûté dans le fond de l’armoire, y’a même pas la poignée de porte qui t’a vu faire un aller-retour, y’a même pas ton vieux lypsil que je pourrais frencher, y’a même pas ton pied imprimé en quelque part dans d’la poussière, y’a même pas un livre dans ma bibliothèque qui me fait penser à toi, y’a rien de toi chez moi. Tu te ramassais comme le roi des bébés, tu voulais être certain de jamais rien oublier, même pas un mot gentil.

Moi je le sais que j’ai mal de toi, mais y’a rien sur moi qui puisse en témoigner. Je le sais que j’ai froid de toi, mais rien le prouve, OUIN LÀ KEKUN ME MANQUE, PRENDS MA TEMPÉRATURE TU VAS BEN VOIR (ça a pas rapport).
Ouch ouch ouch, j’suis barrée dans le dos, une absence prolongée me torture (c’est pas comme ça que ça fonctionne).

Pourtant t’es toujours là, je te jure t’es toujours là, moi je le sais.

Je me fais bardasser de tous bords tous côtés pis j’en redemande, comme tu m’as appris.

Au lieu de t’haïr toi c’est moi que j’haïs.

Photo : Christian Quezada