Manquer de souffle, rien d’autre.

Salut beauté, tu me demandes de te donner des petits tips pour ton premier voyage que tu vas faire bientôt, je sais que peut-être tu attends une liste, genre des points, des places, des to do et des not to do, surtout que j’ai déjà visité les endroits que tu t’en vas entreprendre (ouais, tu t’en vas entreprendre un endroit très chère amie). Fuck, tu te mets la barre haute partir tout ce temps pour un premier voyage, je vais essayer de résumer les grandes lignes d’un départ, pou toe, pass chtm.

Je me souviens qu’il n’y a pas si longtemps, tu étais de ceux qui me reprochaient de fuir la réalité en partant partout à travers le monde, visiter des places qu’on s’en côlisse un peu, juste pour pas être où je devais être avec ceux qui m’aiment le plus pour aller chiller un peu avec des inconnus dans des endroits dont je ne t’ai jamais vraiment reparlé. Je ne t’ai jamais tenu rancune de ces propos et c’est pas aujourd’hui que ça se produira, bien au contraire, j’ai hâte que tu vois ces endroits dont je ne t’ai jamais parlé et que tu comprennes que raconter un voyage, ça ne se fait pas vraiment. Anyway, si t’es céli, la moitié du monde veut juste savoir si t’as frenché, pis tu trouves ça insipide de parler de french si t’as vraiment vécu ton voyage parce que tu te dis que frencher tu peux le faire dans ton lit chez vous sans même ouvrir les yeux, mais une affaire qui est drôle c’est que ta mère, elle, veut vraiment savoir tout tout tout ce que tu as fait, pis toi au moment où elle te dit : «Dis-moi tout tout tout!» tu penses juste au gars que t’as frenché, mais c’est jamais un french un voyage, c’est juste que c’est notre mère pis le principe du french nous revient toujours dans tête de temps en temps. En tout cas, saches que les voyages sont tout pis vraiment rien en même temps, un genre de paradoxe mère-french, les sentiments qu’ils évoquent sont toujours en toi, dans des petits endroits bien aux antipodes de ton esprit, mais malgré toi, y’a des petits fils qui les relient dans ton ventre.  Des fois tu penses qu’un voyage est fini et finalement tu en vois des traces dans ton quotidien (je parle pas d’un porte-clé de la tour Eiffel), tu te dis Wow j’ai fait ça, pis tu te dis que c’est niaiseux parce que là-bas tu t’habillais comme une crème pour les mains, genre utile pis tant mieux si ça fit t’avais pas remarqué, mais ici tu brailles parce que ta tsite robe fit pas avec tes nouvelles tsites bottes, tu vois le genre.

On part Envoyage de plusieurs manières, mais pas toujours pour les bonnes raisons et tu n’avais pas tort lorsque tu m’accusais de ne pas voyager pour ces raisons (les bonnes) parce qu’il n’y en a pas vraiment de ces raisons (les bonnes), mais y’en a des milliers d’autres (les mauvaises).

En premier lieu, ce que j’aurais aimé qu’on me dise, avant de partir avec mon petit (gros) pat-sac c’est que voyager, ça forme la jeunesse, mais le service à la clientèle aussi. En gros, il n’y a pas de solution miracle et si tu n’es pas capable de sortir de ta tête en prenant une marche à Montréal, ça ne se passera pas sur le bord d’un ravin à 2000 km d’ici. Sauf que ne pas être bien en quelque part ne veut pas nécessairement dire être bien nulle part, c’est paradoxal hen, mais c’est ça voyager (mère-french). Des fois, t’as le cœur qui veut exploser, ta cage thoracique te suffit pas, t’as pas assez de poumons pour prendre des puffs de tout ce qui t’entoure, tu te dis que c’est le fun de vivre, que ceux qui cherchent pas à partir Envoyage sont des sans-desseins niaiseux et pas instruits. Le lendemain, tu auras le souffle stand by en sacramento parce que ton neveu a fait ses premiers pas sans toi et aussi parce que ta grand-mère est rentrée à l’hôpital, même si est pas malade est juste tombée tu te trouves égoïste de pas être là pour l’aider à se lever de son divan, après ça tu vas skyper avec tes bests qui dînent ensemble des patates frites avec des fraises parce qu’ils ont brossé la veille dans votre bar préf, pis vas falloir que tu te parles vraiment fort dans ta tête pour pas revenir drette là là pendant que les frites sont encore chaudes.

On manque toujours des affaires; des projets, des bus, des coïts, des occasions, de souffle on manque de temps surtout tout le temps tout le temps on le manque et après ça on se convainc d’encore plus d’affaires qu’on est sûrs d’avoir manquées, qui fallait vraiment pas qu’on manque, qu’on est attardé mental d’avoir manquées, on se sac’ un sac de sucre sur le dos pis on le casse en notre absence parce qu’on se manque à soi-même souvent, on ne se suffit pas.

Pars, s’il-te-plaît, va-t’en, va ailleurs, vois autre chose, pitié. On oublie trop qu’on est pas tout seul, on oublie d’aller voir ailleurs si on y est. Le monde est grand, c’est fucké grand à quel point ah le beau cliché, mais je te jure c’est ça. C’est bon pour l’estime d’être petit de temps en temps, mais on se sent grand en bitch par d’autres bouts, mère-french je te dis. Quand j’ai tourné en rond pendant 2 heures à Biennes pour trouver mon estik d’auberge de jeunesse quand il pleuvait assez pour me tremper le t-shirt en dessous de mon imper et que le gars m’a vendu une carte de la ville 10  fucking francs suisses, j’ai failli brailler, mais quand j’suis arrivée à l’auberge pis qu’un australien dans la salle commune a levé la tête de son journal pis qu’il m’a demandé : «Is it raining outside?» J’ai catché que j’étais arrivée en quelque part. Juste te dire que j’ai pas ce feeling-là quand j’arrive à l’école.  J’ai répondu : «No, I just had a shower» pis je venais de me faire un nouvel ami, comme à la maternelle là, ben oui, un beau gros jardin d’enfants le monde je te dis, on a bu du vin pis on a parlé de nos pays pis de nos projets pis de nous-mêmes un peu, mais pas trop c’est personnel, on s’est donné des tips pour la suite pis du courage pour l’entreprendre. Deux jours après on s’est tappé dans la main on s’est dit : «Salut buddy, bonne continuité», mais en le pensant vraiment c’était même pas le jour de l’an t’sais. Tu remplis ton pat-sac à mesure que t’avances, mais y’est de plus en plus léger tu catches?

Le monde est smatt avec toi pis il t’attend pas, mais quand t’arrives, y’est content que tu sois là. Là oui je parle de montagnes pis de rivières pis d’arbres géants pis de ponts les plus longs du monde pis de rues qui descendent comme la plus haute glissade de Val-Cartier, de terre rouge oui est pas brune partout, c’est l’écologie. Le monde humain, lui, il change pas. Il t’attend pas, il t’attendra jamais, t’es vraiment un cheveu sur la soupe ok, mais tu peux faire en sortes que quand tu pars, il se convainque facilement que tu lui manques. Lis autant que tu peux, lis les boites de céréales là-bas aussi, lis les journaux, lis les pancartes, apporte-toi un dictionnaire, pose des questions, prends des notes, hey criss prends des notes sinon je te tue, après ça, fais des comparaisons. Fais pas l’épaisse, dis-toi que deux québécois c’est pas la population québécoise et dis-toi la même chose des allemands que tu rencontreras. Y’a toujours des petites mamies en quelque part qui vont t’aider pour ton chemin et des enfants qui veulent t’aider à te faire comprendre. C’est correct, c’est hot.

J’ai fêté ma fête de 22 ans avec des sexagénaires qui s’en contre-torchaient que ce soit ma fête, ma fête, ma fête!!!! Y’étaient passés trois fois par là eux autres, j’avais rien que ça dans la tête j’étais triste d’être toute seule pour ma fête ma fête. J’étais loin, mais pas toute seule pentoute, sauf que j’essayais de reproduire ailleurs tout ce que j’avais toujours connu chez nous. En vain, tu comprends bien.

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Je les ai eus quand même, mes 22 ans, en doutais-tu?