Les plus belles années de ma vie (Part Two).

Mon assiette dans une main et mon café dans l’autre, je marche sans faire trop de bruit. À peu près chaque matin, je fais ce trajet-là de la cuisine vers le salon, j’m’en va m’installer pour faire semblant de lire un peu des affaires d’école en attendant qu’ils se réveillent pis qu’ils me donnent de l’attention. Quand je dis ils, ben je parle du monde avec qui j’habite. Ceux avec qui je partage trop d’intimité pour pouvoir les cruiser. J’ai l’impression que quand je les présente et que je dis le mot «coloc» le monde catche pas à quel point c’est HOT comme relation. Le monde, y’est content quand tu y présentes ta blonde, pas ton coloc, y trouve ça ordinaire un coloc, le monde. Le monde y’a rien compris.

À peine partie de l’école pis des fois même dans mes cours à l’école, je texte mes colocs pour savoir qu’est-ce qu’ils ont prévu manger pour souper parce qu’un souper mangé seul dans une colocation ben c’est un souper de gâché et t’as rapidement l’impression que t’es comme un chien qui attend sur le bord de la porte que ses maitres reviennent en thrillant un peu de l’intérieur quand t’entends un bruit proche. J’ai fêté la St-Valentin 2010 avec ma coloc pis sa fréquentation, on a joué au Scrabble pis on a bu de la bière, je suis allée me coucher ce soir-là je trouvais ça très normal comme situation, je me suis jamais posé de questions à savoir si j’étais de trop. Je me suis jamais sentie de trop dans ma propre cuisine, c’est ça qui a toujours été génial avec le monde avec qui j’ai habité. Preuve numéro deux ok je m’en fous check ça, j’ai fêté la St-Valentin 2011 avec ma coloc pis son presque chum (ils s’étaient dit je t’aime, mais pas qu’ils sortaient ensemble) whatev y’avaient fait trop de bouffe anyways, je suis allée me coucher ce soir-là bien repue d’une bouffe qui m’avait rien coûté et sans sentiment de solitude en ce 14 février. C’est ça qui vaut la peine en colocation et je plains tous ceux qui l’ont jamais vécu.

Y’en a une qui tourne le coin de la rue un vendredi matin vers 8 :00 encore pleine de sensations d’un quelqu’un qui porte des souliers bleus qui fittent avec sa calotte bleue de qui elle parle depuis des mois pis elle revient chez nous faire ses confessions devant ce que j’appelle amicalement son «guilty public» ou ben juste on se croise à l’école la couette encore crêpée en arrière de la tête pis on se regarde genre «ouash t’as encore le même linge mais je le pense pas vraiment quand je dis ouash j’ai hâte qu’on s’en reparle à soir c’est qui qui achète les chips pas moi j’essaie de faire attention ok achète ton eau Perrier je m’en fous je vais prendre ta sorte de chips tu vas quêter comme une petite itinérante taleure checke-toi ben aller, pauvre petite pauvre».

T’arrives chez vous après une estique de journée de marde cul pénis poil cac pis un de tes colocs est juste super en forme tu sais pas trop pourquoi pourtant y’a plein de dettes en tout cas on embarquera pas là-dedans, après t’être plaint pendant huit minutes (temps d’une cigarette fumée en parlant) t’as même pu envie de parler vraiment t’as juste envie de sauter partout en chantant HELLO THE WORLD FUCK MA JOB VIVE MON COLOC QUI ME FAIT UNE OMELETTE. Ce feeling-là = quand même agréable.

T’invites du monde à souper pis t’as l’impression que t’es en couple avec ta coloc parce que tu dis «non embarque pas là-dedans ayoye j’en reviens pas, elle fait toujours ça, t’exagères ma vieille, veux-tu que moi too je me mette à tout déballer non ok montre-leur tes pantoufles vous allez pouvoir juger non je m’en fous laisse ça là je ferai ça demain t’as déjà tout torché la salle de bain pis avant-hier j’ai tout mangé ton fromage ben non j’te dis laisse ça me fait plaisir» en la regardant un peu amoureusement parce que tu te dis crime c’est donc ben simple la vie au fond elle sort la récup moi je pars de l’eau pour le thé that’s it.

Des fois ça indique mardi sur le calendrier, on est huit à la maison tout le monde s’est invité quelqu’un, on rit en maudit quand quelqu’un nous parle de LA BROUSAILLE ce bar de danseuses nues qu’il nous faut absolument voir avant notre mort faque on décide d’y aller là là en ce merveilleux mardi soir parce qu’on veut cocher ça de sur notre to do liste pis en revenant de la belle soirée on décide de sortir la récup pour faire plaisir pis on tombe la tête la première dans le bac bon en tout cas. On fait des vidéos de ça. En tout cas. Y’en a qui ont des pertes de pipi quand ils repensent à ce moment-là. En tout cas.

Aussi. Des fois. Ça refait trois semaines que tu t’es pas habillé avec d’autres choses que les vêtements que t’as sur le dos depuis trois semaines. Ça refait trois semaines que tu manges à peine pis qu’on soupçonne que tu dors pu, en tout cas pas la nuit parce qu’on t’entend te lever pour aller fumer nos clopes sur le balcon même si y fait moins quatre-vingt mille dehors. Des fois on trouve que tu as depuis peu une hygiène qu’on pourrait qualifier de «aléatoire», des fois on voit que tu pognes les nerfs après l’ouvre-boîte électrique alors qu’avant tu riais avec nous de cette invention de marde. On renote que quand il est question que tu sortes de l’appart t’as la babine d’en bas qui shake un peu pis que ça t’empêche d’aller courir longtemps comme t’aimes le faire. Dans ce temps-là, on se réunit le soir dans une des chambres sans toi pis celle qui connaît le mieux tes parents les appelle en nous tenant la main pour leur stooler que tu entames ta dixième sieste de la journée pis que c’est pas parce que t’es sorti la veille ni que tu as trop travaillé parce qu’on sait que tu t’es pas trouvé de job depuis le mois de l’année passée. Après ça tes parents s’invitent à l’appart, rangent ta chambre, t’essuies le nez pendant que tu morves en nous regardant, ben en criss de devoir leur avouer ta re-vulnérabilité. Nous, on t’offre des biscuits qu’on fait pis on commence des mois plates mais qu’au boute i va faire beau.

C’est correct que tu sois fâché en ce moment on est vraiment contents que ce soit contre nous que tu sois fâché pis pas contre toi parce qu’on était tannés de te voir fâché contre toi. On n’hésitera pu à rappeler tes parents pour leur faire des synthèses-résumés de ton état parce qu’ils t’aiment autant qu’on t’aime même que des fois on a l’impression qu’on t’aime plus qu’on s’aime nous-mêmes.

Mon assiette dans une main pis mon café dans l’autre, je marche sans faire trop de bruit. À peu près chaque matin, je fais ce trajet-là de la cuisine vers le salon, je vais m’installer pour faire semblant de lire un peu des affaires d’école en attendant qu’ils se réveillent et qu’ils me donnent de l’attention. Hier, j’suis passée devant l’entrée comme tous ces autres matins, relaxe, pas encore shaky de café, j’suis revenue sur mes pas. J’ai vu dans l’entrée des grosses chaussures bleues de gars qui porte des grosses chaussures bleues qui fittent avec sa calotte bleue. J’ai souri vers la porte d’entrée, j’ai reregardé les shoes, j’ai spotté une petite porte fermée sur une petite chambre où y’avait encore aucun bruit. J’ai eu un relent nationaliste j’étais donc heureuse qu’une de nos coutumes soit d’enlever nos souliers dans l’entrée. J’t’allée te chercher dans ta chambre pour te montrer les shoes, t’as chigné mais t’es venu voir ma découverte pis quand t’as aperçu les bleues dans l’entrée t’as crié de joie en silence avec moi, on s’est serrés dans nos bras. Ça a duré deux menutes t’es retourné rien faire, mais je m’en fous au boute i va faire beau.

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TABARNANE DE BONNE NOUVELLE CES SHOES-LÀ DANS L’ENTRÉE DE NOTRE APPARTEMENT.