Les meilleures années de ma vie (3e partie).

Quand on s’est rencontré on s’est fait du grand spectaculaire comme on aime on a rien laissé au hasard de la rencontre on a voulu tout prévoir tout de suite anyways on savait. Je savais qui t’étais ma colloque m’avait déjà parlé dans ton dos je te haïssais ouais mais t’étais goodlooking on dira ce qu’on voudra ça sauve le monde être goodlooking. Avoir le choix, je serais goodlooking, je l’avoue. Je t’ai invité à un souper où je savais que je serais mal à l’aise t’as embarqué dans le jeu j’ai dit je te paie le souper pis la brosse c’est les premiers mots qu’on s’est échangés presque dans nos balbutiements de relation, t’as embarqué dans mes conneries on est allé au souper ensemble pis j’étais pas la plus mal à l’aise finalement on a gagné (dans nos têtes parce que comment gagner contre du monde qui sait pas être en compétition). Tu t’étais un peu déguisé. Tu t’étais médaillé et tu t’étais studdé ouais studdé sur les épaulettes et studdé sur les boutons de manchette, tu disais que tu t’étais déguisé en Montréal. Quand j’y pense j’ai un goût de vomi dans la bouche se déguiser en Montréal ouash come on. Ce souper-là était parfait, en sortant tu m’as prise sur ton dos dans le stationnement pour faire comme dans les films tu t’es penché par en avant pis j’ai crié ARRRRRÊTTTEE ON VA TOUTEE VOIR MON CULLLL bref les deux on avait eu ce qu’on voulait, j’étais pas mal à l’aise pis t’étais saoul.

Avec le temps t’as sorti avec ma colloque qui t’haïssait pu parce finalement, en plus d’être goodlooking t’es doux comme un minou pis gentil comme j’sais-tu un lapin genre me semble c’est gentil un lapin. Tu riais de moi quand je pensais inventer des affaires tu me poussais dans la neige quand on marchait dans l’hiver tu t’assoyais sur moi dans les partys en gros on est devenus amis. Avec d’autre monde aussi. On est devenus une petite famille. On s’appelait «La Famille». On disait qui qui va être là? On répondait ben nous autres là. C’était pas une vraie question. On se serrait toujours dans nos bras on se disait que notre choix d’amis était fini on disait qu’on s’était trouvé un peu comme la troupe de théâtre du secondaire quand on faisait des shows de fin d’année on se disait qu’on avait pu besoin de personne sauf peut-être la prof parce qu’était hot ben mettons nous on invitait du monde à s’ajouter à notre noyau de temps en temps comme si c’était la prof mais en restant toujours vraiment conscient de notre noyau. Sauf que là nous, on était pu au secondaire faque on croyait vraiment que notre choix d’amis pour la vie était définitif, c’était beau.

On allait souper au restaurant, on se faisait des demandes en mariage, on parlait trop fort, on tapait sur nos coupes, on tipait ben parce qu’on connaissait ça, les jobs de service. On inventait des nouvelles destinations, on se poussait dans la neige en s’y rendant. On se parlait de ce qu’on apprenait, on riait des zépais qui pensaient inventé quelque chose, on s’assoyait sur d’autre monde pour faire des jokes dans les partys, on pensait être capable de danser cochon on rentrait à maison je startais une batch de grilled-cheese tu te crissais le nez dedans tu me disais que t’avais l’impression de me devoir mille piasses. On inventait des recettes, on se consolait, on s’encourageait, on s’appelait par des noms d’amour, on se criait des insultes, on commentait, on s’inventait, on se promettait.

On était ce qu’on était, des meilleurs amis.

Next thing you know la vie c’est décevant comme quand tu chantes par-dessus une toune en char pis qu’on moment donné tu prends conscience de ta propre voix. On s’est fait taper sur la tête on s’est fait répéter que c’est ben beau la jeunesse la jeunesse mais qu’on peut pas en vivre on s’est fait crié que la vie c’est pas de faire le bacon sur le dancefloor du Bistro, on nous a dit de nous placer les pieds, on nous a dit que ce qu’on apprenait, c’était pas la vraie vie, on nous a accusés de rien faire, on nous a obligés à faire autre chose, sinon! On avait déjà entendu parlé du concept de vraie vie faque on a pas posé de questions, on a baissé les yeux pis on est partis chacun de notre bord. On a fermé notre yeule pis on a continué de chanter dans notre tête au lieu de chanter plus fort pour enterrer les autres voix avec la nôtre.

L’idée d’avoir une autre vie, une vraie vie, a fait son chemin. On a fait autre chose en espérant que ce soit la chose à faire pis que tout le monde soit unanime sur nos choix de choses à faire. On a fait le ménage de notre appart, on a moins partagé, on s’est acheté un micro-ondes, on a fait les recettes d’un livre de recettes, on a canné des affaires à l’automne. On s’est rendu compte que c’est dur, accéder à l’unanimité et que ceux qui nous avaient parlé d’un concept de vraie vie inventaient peut-être à mesure le concept de vraie vie parce que c’est lousse en crime le concept de vraie vie finalement pis personne a réussi à nous donner des réponses qui fittent avec ce qu’on est.

Un moment donné la roulette dans ta tête arrête, tu peux pu étirer le fil de tes pensées tu te rends compte que t’es pas élastique dans tes valeurs, ça rembobine. Ton fil de pensée de marde est rendu au boute tu peux pu enregistrer tu peux pu continuer, ta bobine dit TIME OUT maudit zépais! T’arrêtes t’as pas le choix quand t’as pu ta bobine de ton bord t’sais comment c’est ça veut dire que t’es rendu au boute de ton rouleau.

L’autre jour à un de nos soupers où c’est difficile de pas toujours faire référence au passé, on se regardait, le trémolo din yeux on se trouvait cutes, on se disait qu’on avait été niaiseux d’y croire, que ça nous rattrape toujours que y’avait pas de raison que ça nous arrive pas à nous aussi.

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J’ai changé d’idée, y’a rien de niaiseux là-dedans. On était persuadé, ça m’est jamais réarrivé depuis.