Mardi passé.

par lolmaquerelle

Je penchais d’un bord pis c’était pas du bord que je pensais pencher. Je profitais de mon inclinaison pour caler mon verre. Deux de mes amis se frenchaient en background. Essayaient de se cruiser comme des nouveaux lovers même si y partageaient la même adresse depuis deux ans. Je faisais des sourires à n’importe qui pis n’importe quoi, je me convainquais que je restais là pour les bonnes raisons. De la bonne musique, du bon monde, du gros fun. J’attendais que mes amis finissent de se reconquérir pour me partager les frais de taxi avec eux pis ça, à défaut d’être une bonne raison, c’était la vraie. On arrive ce sera pas long, je pense que je vais finir avec le gars avec qui je danse as-tu vu comment y’est chaud? Oui j’ai vu comment il te regarde, vous êtes cutes, retourne danser. Je me suis retournée et y’avait quelqu’un devant moi assez grand, la posture imposante sur moi. Y veut-tu du change coudonc que je me suis dit, je sais pas pourquoi je me suis dit ça. Il s’est avancé encore plus qu’il était déjà avancé dans ma direction.

T’es la plus belle dans le bar à soir, fonce, en tout cas je voulais juste te dire ça, bonne soirée, j’espère que tu t’amuses. Il m’a souri et il est parti vers la sortie.

Il pensait s’en aller comme ça. J’y ai couru après jusque dans l’entrée, je l’ai empêché de héler un taxi, je voulais qu’il prenne le temps que j’y dise merci, le sermonner de lancer des compliments comme ça sans rien attendre en retour c’était pas correct voyons, fallait pas qu’il s’en aille de même attends menute on va jaser, viens t’asseoir, j’pas pressée. J’ai sorti mes yeux de chatons qui vient de faire tomber quelque chose de cassant. Je l’ai tiré jusqu’à une table. J’y ai demandé son nom. Ça sonnait portugais. Je parle portugais! Oi, boa noite. Je l’ai conquis en lui contant l’histoire des deux niaiseux qui faisaient semblant de pas se connaître dans le coin du bar. C’est cute. Mets-en. Il a déposé son sac, m’a posé des questions sur le bout des lèvres en se mordant le dedans des joues; il fallait qu’il s’en aille, il travaillait le lendemain, il avait simplement voulu me dire tout ce qu’il avait vu de beau chez moi avant de partir parce qu’il trouvait ça dommage de me voir seule comme ça et de s’imaginer que je sois triste pour quelques raisons, il voulait vraiment juste me faire sourire, mais oui il le pensait vraiment. Triste, je l’étais peut-être, c’est mes affaires, n’y pensons plus.

J’ai dit j’ai du gin pis des clopes chez nous, fumes-tu bois-tu faut continuer notre conversation, ça vient d’où ton nom? Je pensais même pas que y’avait d’autres personnes que moi sur la terre qui parlaient portugais ben non c’est une joke excuse-moi j’ai pas mal bu. Il disait c’est ben correct on a tous nos soirées, j’aurais ben dit oui pour le gin et les clopes mais je veux pas être ton mal de tête demain matin. Ouin mais moi frencher ça m’empêche d’avoir mal à la tête le lendemain matin je sais pas c’est comme ça ouais c’est bizarre han oups je viens comme d’avouer que je veux qu’on frenche. Il a pris mon manteau et a dit ok let’s go ça fait longtemps que j’ai pas juste fait de quoi comme ça, sur un coup de tête j’aime ça, pas savoir ton nom pis aller chez toi c’est hot je me sens welling as-tu des colloques qu’il faut pas réveiller ou je vais pouvoir te chanter la pomme? J’ai dit oui une, elle revient demain matin si tu me découpes en morceaux elle va le savoir anyways mes deux amis là-bas vont pouvoir donner une description assez fidèle de toi ils nous regardent depuis tantôt t’es dans marde si t’es un tueur en série. Il a trouvé ça important de me dire qu’il était pas vraiment tueur en série je sais pas pourquoi il a fait ça, on dirait qu’avec le recul je me dis que j’aurais du avoir plus peur du fait qu’il se défende de pas être un tueur en série, mais l’histoire c’est pas qu’il m’a découpée finalement je sais pas pourquoi j’accroche là-dessus. En tout cas. Y’avait rien de rough y’avait rien de trop direct, on était gêné et on essayait pas de faire comme si non.

On a ri on s’est pris un taxi j’évitais de lui dire mon nom quand je faisais référence à moi à la 3e personne comme on fait des fois sans raisons quand on veut que l’autre apprenne à nous connaître vite plus vite plus vite on arrive-tu bientôt oui inquiète-toi pas moi aussi j’ai hâte. Ouvre ta fenêtre sérieux je suis bien là. Moi aussi. Cool. C’est rare d’être bien, on va en profiter. Les flashs de lui que je voyais plus clairs à cause des lampadaires dans l’auto me faisaient plaisir. De la peine ça oui j’en avais, mais pas à cause de lui, c’est mes affaires. N’y pensons plus.

C’est sûr qu’aujourd’hui je me demande si la joke que personne d’autre que moi qui parle portugais était pas de trop t’sais, mais pas si souvent.

Rendus chez nous on dirait qu’il était moins à l’aise, il regardait partout, oubliait de me regarder moi. Il avait l’air content on s’est rien dit d’important à la table de la cuisine pendant environ une heure c’était gentil. Il regardait les photos sur le frigo et on se racontait des histoires. Tu dis-tu souvent des compliments à des inconnues dans des bars? Non, mais je suis content de l’avoir fait. Moi aussi, viens on va aller se coller dans mon lit je suis tannée de te parler de l’autre côté de la table. Il m’a regardée comme il faut. Un mélange entre l’empressement et le respect et oui ça se peut.

J’ai pas envie que ça soit juste comme ça si tu veux qu’on se fasse quelque chose on va se faire quelque chose qui ressemble à de l’amour sinon ça donne rien sinon on vaut quoi sinon il restera rien de ça dans mon café demain. J’ai dit ok bonne idée j’étais ravie qu’il prenne le temps de me saluer au complet dans tout ce que je lui montrais de moi. Il a rallumé la lumière que j’avais éteinte plus par habitude que par complexe. Il a enlevé mes bas en enlevant les siens j’ai trouvé que c’était une délicate attention. Il a touché la corne sous mes pieds je lui ai dit que je revenais d’un long voyage est-ce qu’on revient pas toujours de quelque part au fond qu’on se disait et c’était vrai parce que j’étais déjà entrain de repartir en quelque part avec lui là là à 2 : 23 du matin dans mes draps fleuris pour faire semblant que l’été dure toute l’année. Il a pris un des élastiques à son poignet et a attaché mes cheveux pour voir tout mon visage j’ai demandé c’est pas à ça que ça sert des oreilles justement à mettre tous ces cheveux-là derrière? Il a pas ri a continué sa belle couette qui penchait d’un bord, le même que moi. Il s’en est fait une lui-même tranquillement en me regardant me languir de lui, ça nous amusait, on avait déjà prévu faire quelque chose qui ressemble à de l’amour faque je me sentais pas mal de sortir mes yeux de t’en viens-tu on dirait ça fait dix ans que je t’attends. Y’a enlevé son t-shirt je me suis dit que j’allais pas me laisser déshabiller tout le long alors je l’ai imité. On a ri quand il a fait semblant de détacher sa brassière. Rapidement on s’est imité jusqu’à la peau. Je me suis couchée sur le dos, il s’est assis devant moi, j’ai mis mes pieds sur son torse, j’avais pas peur qu’il trouve ça dégueu ma corne sous mes pieds et je me suis dit ça à propos de toutes les parties de mon corps qu’il a pris le temps de regarder c’est-à-dire toutes.

Il m’a demandé si je jugeais avoir trop bu et si j’étais encore à l’aise que ça se donne. C’est là qu’on s’est embrassé pour la première fois, non, on s’était pas encore embrassé. T’embrasses bien, ça m’excite, t’embrasses bien toi aussi, non toi plus, ok les deux on embrasse bien, oui! T’es vraiment beau, sérieux je me disais justement que je te trouve vraiment belle, je disais pas ça pour que tu me dises ça, moi non plus je te trouve juste belle dans la lumière, ok les deux on est beaux, c’est beau. T’es-tu fâchée? Non embrasse-moi plus fort.

Il s’est penché sur moi et nos deux corps ont aimé ça en tout cas ça avait l’air parce qu’ils réagissaient fort pas mal. Ça été un peu compliqué de commencer parce que même si on faisait semblant de faire l’amour on avait pas le petit minouuuuuuuuuuuuuuuquejet’aime qui vient avec faire l’amour pis on avait pas encore de complicité pour remplir les silences qu’on échappait de temps en temps genre quand je me suis étiré le bras pour trouver de quoi protéger nos beaux sexes. On a rapidement trouvé un terrain d’entente et rempli les silences avec des soupirs d’abord retenus puis des plaintes des fois quand même longues en tout cas pour ma part. Il savait toujours pas mon nom et j’osais pas lui redemander le sien. J’étais contente que ma colloque soit pas là les autres fois où on a recommencé notre routine de gymnastes sentimentaux.

Y’a pas eu de niaiseries comme avoir peur de trop laisser paraître quelque chose. Y’a pas eu de moments où c’est que je faisais juste me demander quand c’est que ça allait se finir pis si ça avait été le cas on dirait qu’il s’en serait rendu compte. Y’a pas eu 36 changements de positions juste pour que ça fasse nice à raconter. On dirait que nos corps ont jasé pendant toute la nuit en buvant du vin dans un souper où tout le monde osait dire son opinion pis que le but c’était jamais d’avoir plus raison que l’autre. Quand on a été assez fatigué, on s’est dit merci pis nos deux corps se sont tenu la main vers le dodo.

Le lendemain matin, une alarme a sonné pis c’est ça qui a failli me donner mal à la tête. Il a dit oh non merde je suis toto j’ai oublié mon travail qui oublie son travail? J’ai ri en entendant toto et j’ai souri en le voyant paniquer. Je me suis réveillée rapidement, je l’ai aidé à ramasser ses vêtements on s’embrassait dans l’empressement, j’ai adoré notre travail d’équipe. On se battait avec la gravité et on retombait souvent sur le lit sans avoir l’impression de perdre contre quoi que ce soit. Je me promenais dans l’appart avec mon drap contour sur les épaules pour aller remplir nos verres d’eau, j’avais l’impression de conquérir des nouveaux territoire j’ai compris le thing historique avec les capes. Il a calculé qu’il avait le temps de boire un café, on a oublié de boire un café parce qu’après s’être dépêchés pour ramasser les vêtements on a pris la décision de les laisser en boule dans un coin de la chambre parce qu’on a aussi calculé que ma colloque revenait pas avant que lui ait à partir. On se disait qu’on était mathématicien. Pierre pis Marie Curie même si ça avait pas rapport.

Debout dans l’entrée de l’appartement, on s’est embrassé doucement, j’ai fermé la porte derrière lui et je suis allée me coucher sur mon lit. Parce qu’il m’a fait sentir invincible en plaçant ma cape comme il faut sur mes épaules avant son départ et pour des centaines d’autres raisons découlant de situations s’étant produites entre 2 : 23 et 9 : 45, j’ai pas pris le temps de penser à un lendemain pour nous deux parce que j’étais aujourd’hui au complet. J’aime imaginer que même s’il avait pas de cape, il a flotté un peu en se rendant à sa job.

J’ai fixé le plafond en me disant que j’aurais aimé qu’il fasse demi-tour, mais que c’était correct qu’il l’ait pas fait. Ma colloque est arrivée, j’ai crié Momoz! pour qu’elle vienne me rejoindre. En voyant l’état de ma chambre et de mon visage elle a ri. Elle m’a demandé si j’avais des nouvelles de Benji finalement j’ai dit non, j’avais pas de nouvelles de personne et j’en voulais pas non plus, j’ai même pas pensé me cacher devant Momoz et elle s’en est foutu. Je lui ai parlé de l’amour que j’avais inventé la veille avec un inconnu et ça paraissait qu’elle attendait la fin pour savoir quand est-ce qu’elle allait le rencontrer. Je me suis mise à pleurer. On s’est aimé pis j’ai pas peur de le dire. Qu’est-ce que j’ai Momoz? Je veux pas le revoir, je l’aime et je veux pas le revoir parce que je m’aime aussi ce matin. Je pleurais et je riais en même temps. Faut que j’accepte qu’on a vécu quelque chose et que c’est terminé, malgré toute l’exaltation, malgré tous les pouvoirs magiques qu’on s’est transmis et les territoires conquis ensemble. On va le retrouver, je veux pas que tu pleures! On va pas le retrouver parce que cette histoire-là est déjà terminée et je pleure parce que je veux essayer de l’accepter, je veux prendre tout ça et continuer avec, je veux en faire une photo que je regarde avec tendresse, on va parler d’amour encore dans soixante-ans grâce à lui, je comprends qu’il a pas été là en vain, même s’il a pas de durée dans notre temps, tu comprends Momoz? Ma colloque s’est levée, a ouvert les rideaux. Je vais nous acheter du jus d’orange, t’es due pour un jus d’orange. Toi, pendant ce temps-là, tu restes couchée à repasser les plus beaux moments dans ta tête, t’essaies de pas en laisser un filer. Quand je reviens, je te démaquille et on va aller marcher. Je sais pas c’est qui lui, mais il t’a guérie de quelque chose pis on va toujours l’aimer.

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On a pas inventé l’amour, on lui a fait honneur.

Crédits photo : Christian Quezada