Where do I belong where do I belong huhuhuhu in English.

– Allô? Tu m’appelles pas dans un bon moment là, je suis ben de mauvaise humeur.
– Ok, qu’est-ce qui se passe?
– Le soleil.
– Mm. Ok? Raconte. Qu’est-ce qui se passe?
– Hier, toute la journée je me disais : «Where do I belong, where do I belong? Where do I belong?» pendant que tout le monde se prenait en photo au parc Laurier ou bedon allait faire checker leu vélos.
– Pourquoi tu te parlais en anglais?
– Ben là, tu veux que je te parle de ce qui me chicote ou ben si tu vas me reprocher la langue que j’utilise dans ma tête tout le long de notre conversation téléphonique?
– Mais qu’est-ce t’as? C’est quoi le problème avec le soleil?
– AHHHH! Je sais pas trop mon petit boubzi ça me fait capouts parce que je me promenais dans rue tantôt pis tout le monde avait l’air de feeler la vibe fraîcheur du printemps dans leu tits cheveux pas trop propres parce que c’est pu la mode de s’les laver, mais moi d’mon bord j’pas convaincue du beau temps j’sais pas c’est rough à dire c’est rough à sortir. C’est-tu grave de pas avoir le thorax en chaleur à c’temps-ci de l’année c’est-tu grave de se sentir les os gelés même si le soleil plombent dessus c’est-tu normal de pas tripper terrasse je suis-tu un monstre je suis-tu l’exclue je suis-tu une erreur? On dirait que si je faisais semblant que j’ai le pied léger quand je marche dans la rue ce serait pas fin fin pour moi parce que je me verrais aller pis je me ferais de la peine de me voir avec un faux sourire je te le jure j’ai aucun vrai sourire qui s’pointe. Côlique sois honnête ayoye c’est quoi mon problème? J’aurais pris encore deux trois semaines de neige pour avoir un bon prétexte pour rester enfermée chez nous je pense. Ouin. Là j’comme obligée de sortir parce que si je sors pas y’a comme l’anxiété du soleil qui embarque. Ouin cette autre espèce d’anxiété-là de pas sortir quand il fait beau. Aye si y’en a ben une qu’on a pas besoin, me semble c’est ben celle-là. LA PRESSION SOCIALE DU BEAU TEMPS.
– T’es drôle.
– Oui! Drôle drôle drôle. Mais je te jure, moi je ris pas. Parce que je dis ça, «pression sociale du beau temps», mais je me dis aussi que aye je peux me plaindre tant que je veux de ma petite vie de gnagna, mais je viens quand même de dire «la pression sociale du beau temps», ça doit pas aller si mal que ça, mes affaires. Pourtant oui! Côline de bines.
– Non, pas côline de bines.
– Oui! Côline de bines! Je me dis que j’ai le droit anéwé de me sentir de même. Pourquoi j’essaie toujours de me dire que c’est pas normal d’avoir de la peine parce que je suis pas sourde ni aveugle pis que j’ai deux bras.
– Ben oui, c’est cave de se dire qu’on a pas le droit de mal feeler parce qu’on a deux bras. Même si c’est un plus, deux bras, on va se le dire.
– J’ai ben le droit à mes petits badtrippes même si j’ai rien comme excuse de mes dérapes de joie qui arrivent pas au bon moment. J’te jure esti, le monde ouvre leu fenêtres pis moi je me clouerais dans le mur dans le fond de ma salle de bain.
– À côté de ton shampoing?
– Non, à côté de mon porte-serviette. J’ai pas envie de renaitre, j’ai pas envie d’ouvrir ma fenêtre. Je dois être brisée j’cré ben. Je me promène dans la rue pis j’ai l’impression que tout est par deux partout par deux pis que moi chu toute seule dans ma veste, toute seule dans mes shoes, toute seule face à l’été. Être toute seule dans mon lite l’hiver c’est une affaire, mais être toute seule face à l’été, ça on dirait que ça me fout la chienne.
– Ben là, je suis là, moi. Tu fais quoi, là? Qu’est-ce que j’entends?
– Je me brosse les dents.
– Tu te couches tout de suite?
– Ouais, j’haïs cette journée-là, m’en vas passer tu suite à la prochaine.
– Comme tu veux.
– Quand je dis toute seule dans ma veste là, c’est aussi que j’ai pas l’impression que y’a de la place pour une autre personne, dans ma veste. Pis je dis personne, mais je veux pas vraiment dire «quelqu’un». Je suis toute seule en général. Ici, pis là. Pis c’est ça. Ce que je veux dire, c’est que tout le monde est tellement content de l’été, pourquoi je me réjouis pas de ça, moi aussi, pourquoi je me crisse pas en shorts!
– Parce qui fait pas si chaud.
– T’as raison. Côline de bines.
– Pas côline de bines.
– Oui, côline de bines.
– Dors-tu ben?
– Non, j’ai chaud. Faut que je change mes draps sont trop chauds.
– Fais ça. Ça va être déjà ça de réglé.
– Je te gosse-tu? Ahhhhh c’est sûr que je te gosse.
– Je t’ai appelée pis je t’ai demandé de me parler de ce qui allait pas. Je peux pas, après ça, te dire que tu gosses parce que t’essaies de m’expliquer ce qui va pas. T’as le droit de paniquer devant le soleil, mais pas devant moi.
– Ça a l’air simple pour toi d’être toi.
– Évidemment.
– Toi, te dis-tu des fois : «Where do I belong?»
– Non.
– Jamais?
– Mais je me dis souvent : «Fuck them all.»
– En anglais, toi aussi?
– Ouais, en anglais.

julien_barb

– T’es mon meilleur ami.
– Bon, couche-toi là, y’annonce de la pluie demain. Tu vas être contente.
– Oui, merci. Bonne nuit.

 

Crédits photo : Christian Quezada