Ma Querelle

Ma querelle, c'est aussi la querelle de tout le monde (pas tout le monde sur la terre, j'sais ben, j'pas épaisse).

Catégorie : Bang Bang kin toé

Pas dire ces mots-là que tu veux entendre.

– Man Matt s’est fait une chix je panique un peu là.

– WHATS! Raconte. Comment ça s’est passé, comment tu l’as su?

– Ben hier un moment donné il répondait pu pentoute, faque là je me suis mise à paniquer pis j’y ai demandé si y’avait rencontré quelqu’un, mais je voulais pas vraiment le savoir, je disais ça plus en blague. Il m’a dit que oui pis que c’était pour ça qu’en fin de semaine il m’avait dit qu’il voulait pu qu’on couche ensemble. Je panique un peu, sérieux je comprends pas comment ça a pu arrivé. Moi too là je sais que j’ai couché avec quelqu’un d’autre, mais je me suis jamais dit que je l’aimais. Me semble en tout cas. Je me suis tu déjà dit que je l’aimais? Je sais que j’aurais pas été capable de l’aimer à long terme en tout cas. Je le sais maintenant que j’aurais pas été capable. J’aurais été en amour avec le fait que je me disais que c’était le destin, que Matt pis moi on était vraiment pas faits pour être ensemble parce que le destin c’était que je sois avec l’autre. Je sais pas trop. J’ai pas vraiment dormi cette nuit pis je travaille taleure, ça gosse. J’aurais envie de le voir et de lui demander pourquoi il aime quelqu’un d’autre t’sais carrément lui demander ce qu’elle fait que je faisais pas, lui demander comment c’est quand elle le suce. Si elle suce. Combien de fois ils font l’amour par fois qu’ils se voient et aussi si elle est capable d’inventer des recettes comme moi. Ouash pourquoi je pense à ça ça me donne mal au coeur. J’espère pour lui qu’elle est capable de suivre une recette. Je lui souhaite de tout coeur qu’elle soit capable de suivre une recette. Moi les recettes c’est pas mon fort. Je déroge toujours des recettes. J’pas ben là. Je veux pu jamais le revoir autant que j’aimerais ça qu’il revienne et qu’il se loge dans moi carrément dans moi pis qu’il parte pu jamais de dedans moi. J’pas ben man j’ai plein d’agressivité.

– OK mais il a rencontré quelqu’un ça veut pas dire qu’il déménage avec, il est peut-être juste respectueux et veut pas coucher avec vous deux en même temps? Il a dit quoi exactement?

– Il a dit oui et que c’était pour ça qu’il voulait pu qu’on couche ensemble, mais qu’il aimerait ça qu’on s’en reparle en face, pas par message texte.

– Enfin un bright. Il revient quand?

– Vendredi soir, supposé. Ouash je me sens sale peut-être que des fois on se parlait pis qu’était à côté elle a entendu ma voix être gentille ça m’écoeure.

– Tu lui as répondu quoi quand il t’a dit ça?

– J’ai dit que ça se pouvait que je sois pas là en fin de semaine faque il pouvait l’inviter à venir visiter l’appart si il voulait.

– Hahahaha toutes les mêmes. Lui dire que ça te faisait quelque chose, non?

– Ouash non qu’y crève. Avec elle. Heureux.
Mariés pis fiancés. Les deux en même temps.
J’y souhaite un babe man qui a sa face laide à elle.

– Tu sais c’est qui?

– Sûrement une fille de sa job. j’men criss.

– Oui clairement. Et il a rien répondu?

– Il a répondu Jinny…. J’ai dit Jeanne mon nom. Pis on s’est pas réécrit pis là ben je fais juste me dire qu’il est avec elle entrain de rire full fort de moi pis de nous pis de ridiculiser notre appart se dire qu’il est laid comme tout ce qu’on avait ensemble.

– Ben il travaille en ce moment faque il est pas entrain de faire ça.

– Quand on a commencé à sortir ensemble des fois on allait pas à nos cours faque peut-être qu’il va pas travailler àc’theure qu’il sort avec elle.

– Ok, mais ça sert à rien de te dire ça, vous allez vous voir en fin de semaine, tu vas rester à l’appart et lui avouer ta vulnérabilité.

– Sérieux je l’aime pu ce gars-là, il peut pas me faire ça. Je voulais pas qu’on se laisse je voulais qu’on travaille, je voulais qu’on essaie d’aller mieux.

– T’aimes vraiment mieux qu’il se dise que tu gères la situation et que tu t’en fous semi même si c’est pas le cas au lieu qu’il sache à quel point tu le vis mal et que peut-être lui aussi?

– Je veux pas le faire gagner sur moi.

– C’EST PAS UN CONCOURS MY GOD. TA FIERTÉ POGNÉE DANS GORGE JUSQU’AU BOUT HAN TOI. Tu te blesses autant que tu le blesses quand tu fais ça. Tu fais ton choix, je vais le respecter, mais là ou tu le laisses s’en aller tranquille et tu restes avec ton orgueil bizarre et inutile. Ou t’assumes que t’es pas un robot et que t’as fait une erreur. Sauf qu’arrête de lui faire subir tes montagnes russes d’émotions pas assumées. Tu l’as laissé, Jeanne. Il a été blessé pis faut que tu vives avec les conséquences de tes choix poches. Tu voulais aller frencher ailleurs, il veut aussi aller frencher ailleurs. Àc’t’heure assume que le gars t’a bien aimée et qu’il a peut-être envie de s’aimer lui un peu. Ça se peut que s’aimer lui passe par toi, ça se peut aussi que s’aimer lui passe par elle. Arrange-toi donc pour que s’aimer lui passe par toi.

– Faut que j’y aille, contente de t’avoir parler, bonne soirée!

VLUU L100, M100  / Samsung L100, M100

– De nada man.

 

 

Salut là!

Bon alors d’abord merci de l’invitation. C’est une belle invitation. Pas très compromettante, un peu plate tellement qu’est pas compromettante, mais je comprends, moi non plus je suis jamais très compromettante dans mes courriels. On dira ce qu’on voudra, faire semblant qu’on est amis c’est encore la meilleure chose à faire. À peine de fautes d’orthographe, good job pour ça, une entrée en matière très ordinaire, une joke pas drôle pour commencer j’pas frue ça fait juste longtemps qu’on s’est vus. Un moment donné on peut pas s’inventer des insides tu seul chacun de notre bord que je me dis han. Quand même beau paragraphe de développement, la conclue est biz mais j’avoue moi non plus je sais jamais si faut que je sois plus TROP ou plus pas assez. Un beau et bref «Salut là!» c’est souvent ça qui l’emporte pour ma signature, même si j’ai toujours envie d’écrire RÉPONDS-MOI SITEPLAIT OUBLIE-MOI PAS OUBLIE-MOI JAMAIS!!!!!!!!

En tout cas correct beau message, je soupçonne même une relecture. Je me trompe? T’es-tu relu oui ou non? D’après moi oui pis plus d’une fois. Je m’en attendais un peu à cette invitation-là c’est à peu près notre temps de l’année ousser qu’on a envie d’aller voir si l’autre a pas des nouveaux petits criss de grains de beauté qui y ont poussé en notre absence. Tes astiques de nouveaux grains de beauté côlique que je les haïs quand je les vois pour la première fois. Après trente minutes de parlage et après la première pinte terminée souvent je les haïs moins, même que je les aime déjà, mais quand on arrive et qu’on se fait la bise j’ai l’impression qu’ils me sautent dans la face comme témoins de notre mensonge ça me fait crisser des dents ça a même pas de classe. Je te regarde à peine pour par tomber par en arrière d’être fusillée de tes petits criss de grains de beauté pis je les vois tous quand même, inédits, naissants, asymétriques. Ton cheveu gris sur ta tempe droite la dernière fois m’a empêchée d’avoir du fun avant la fin de la deuxième pinte.

Assis chacun de notre côté de la table, on fait ça, aller se dire dans notre tête un devant l’autre qu’on a fait le mauvais choix de quotidienneté, mais que c’est ça la vie, on va rien y changer, on est trop chicken pour la recommencer et on se dit qu’anyway si on s’avait on se voudrait moins. Peut-être. J’sais pas parce qu’on se le dit pas, ce serait pas smatte pour ceux qui nous attendent si on se le disait. On se le devine, mais on se le dit pas.

Quand je suis avec toi, j’ai l’impression d’avoir des superpouvoirs de marde qui me servent juste quand je suis avec toi. Ils me servent en général à rien parce qu’on se voit jamais c’est pour ça que je dis superpouvoirs de marde. Toi aussi t’en as, des superpouvoirs de marde. Quand je te tourne le dos, même une seconde, mettons que je me lève pour aller aux toilettes et que ton regard se pose sur moi, j’ai l’impression que mes fesses se gonflent et qu’elles deviennent roses. Tu me fais sentir mammifère estique c’est pas rien (superpouvoirs de marde j’t’avais averti)!

T’sais c’est pas tant le fait que je veux pas te voir qui fait que je vais refuser ton invitation. Ah oui bon j’aurais du la dire dès le début, ma réponse, pis après ça te l’expliquer, mais je suis encore entrain de construire mon argumentaire faque c’est compliqué de faire intro développement conclusion j’avais pas de plans, j’avais pas prévu te dire non, non plus. Sorry. Ok, je recommence.

Salut Sam! Ma réponse, c’est non.
Pour plusieurs raisons.

Bon alors, allons-y-je. C’est pas tant que je veux pas te voir, en fait c’est pas ça du tout c’est même pas un peu ça c’est même pas ça pentoute parce que si tu veux la vérité j’attends toujours un peu ce temps-ci de l’année avec impatience, même au mois de juillet sur mon bike, même à quatre heures du matin en Chine, même l’hiver en m’habillant chaudement. C’est notre temps à nous, une pause du reste, on crisse un mute sur ce qu’on travaille à être pis on s’en va être carrément nous-mêmes pendant queuques heures, on s’en va se trouver beau peu importe quoi. Je me trouve des défauts jusqu’à temps que tu poses les yeux sur moi quand tu me regardes j’oublie que les mercredi matins existent, je les oublie pis après je me dis que ça passe trop vite. Je me dis toujours peu importe ce qui m’arrive j’aurai toujours ces petits carnavals qu’on s’organise année après année, ces anniversaires niaiseux qu’on fête ensemble en faisant semblant d’aller prendre des nouvelles d’un vieil ami. T’es pas mon ami, je suis pas ton amie, c’est dit. J’ai jamais été moins amie avec quelqu’un, à ce jour, je pense. Même quelqu’un que j’aurais haï j’aurais trouvé un moyen d’être plus amie avec.

L’autre jour je t’ai vu tu marchais dans la rue, j’étais dans l’autobus on était à une lumière rouge, c’était la nuit. T’étais pas tout seul. T’es jamais tout seul. J’ai eu envie d’avoir dix-sept ans et de dire à la fille à côté de moi: «Tu le sais pas toi han, mais lui là qui vient de passer pis moi on va toujours s’aimer. C’est notre vie, c’est ce qu’on fait de mieux s’aimer sans être ensemble, on a été séparés à la naissance de nos sentiments. Entre deux fois que je le vois, je me dis que ça existe pas finalement, ce genre de sentiment-là sur lequel t’as pas d’emprise, ce genre de sentiment-là qui fait que tout d’un coup tu t’en fous donc ben. Je le revois toujours, comme ça, dans la rue, sans que ça me tente, sans que je l’aie prévu, vraiment malgré moi. En trois secondes, il chie mes calculs d’amour rationnel c’te chien-boeuf-là». J’ai rien dit, je tenais ma poitrine toute ratatinée dans ma paume. Je vous ai regardés vous éloigner. Vous aviez l’air heureux dans l’hiver qui arrivait. Vous aviez donc ben l’air de vous en foutre. Ça m’a magané.

J’irai pas m’assoir de mon bord de table devant toi cette année, Sam, parce que y’a comme un bruit gossant dans mes oreilles quand je te quitte, chaque fois. Un chuchotement régulier qui m’enveloppe tout le corps. Je deviens un genre de houle, molle, régulière, morte, souple pour les temps qui suivent nos adieux annuels. J’ai personne cette fois-ci sur qui aller m’échouer en te quittant et j’ai peur de pas supporter mon propre écho. T’es clairement pas mon ami.

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Merci de l’invitation,
Salut là!

Des coups d’agressivité dans mes roues de vélo.

J’aimerais ça qu’on se revoit jamais, je pense.
Je dis ça pis je m’inquiète en même temps, j’ai peur que tu m’exauces.
J’aimerais ça jamais revoir tes cheveux de poussin sur le top d’une tête dont la forme se peut même pas pis tes mains à moitié fermées tout le temps comme si tu trainais des petits oeufs fragiles partout où tu vas.

Un jour sur deux, je me dis que j’ai déjà aimé une crotte de nez. Que j’aurais un jour sacrifié ma vie pour qu’une crotte de nez vive à ma place. Crotte de nez > Moi.
J’exagère pas, je pense.

Le jour d’après, j’ai envie qu’on s’assoit tranquilles pis qu’on essaie de comprendre qu’est-ce qui nous est arrivé. Je pense que tu penses que je le sais. Je joue bien mon jeu, j’en ai aucune idée.

Je peux faire semblant que je le sais et t’accuser de plein d’affaires si tu veux. C’est plus le monde autour de moi qui me regardait t’aimer en silence qui pourrait te reprocher des trucs, je pense. C’est plus le monde que j’ai mal aimé pendant que je t’aimais toi qui pourrait te reprocher des trucs, je pense. C’est plus ma porte de chambre fermée sur le reste du monde que je pourrais te reprocher, je pense. Des REPROCHES, sacrament, ouash. C’est juste compliqué pour moi de faire le choix entre crotte de nez ou ben parler avec toi parce qu’avant qu’on se gâche, je pensais vraiment qu’on avait inventé quelque chose. J’étais persuadée qu’on était l’invention du siècle. Les autres avaient rien compris pentoute.

Des fois je pense à toi quand j’suis à vélo, je dis ton nom à répétition dans ma tête, pis je me mets pas à pédaler plus vite. Je pense que j’aimerais ça qu’on se revoit pas parce que j’ai peur de recommencer à donner des grands coups d’agressivité dans mes roues de vélo les semaines après qu’on se soit revus.

Te forçais-tu pour être ce que tu étais avec moi?

T’es tellement stressé quand on se voit, c’est tu parce que t’oublies ton texte? T’oublies ton personnage de celui que tu penses que je veux que tu sois faque tu stresses? Moi aussi, je suis stressée quand je te vois. J’ai chaud dans la face, tu le sais, mais moi, c’est pour exactement l’inverse. Je prépare trop d’affaires et je fais rien. Je te regarde même pas comme j’avais prévu le faire, je te regarde en t’ignorant à moitié, pour rien au monde j’te renverrais tes regards. J’aimerais que tu saches ce que je prévois faire, tu t’en doutes pas, j’suis sûre. C’est pour ça que je veux te le dire. Chaque fois que j’imagine nos retrouvailles, je m’imagine toujours le même scénario.

Te prendre dans mes bras, longtemps.
Je t’ai pas assez touché, je trouve.
Dans tous les sens.
C’est pour ça que j’aimerais qu’on se revoit jamais.

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Je veux pas un jour oser te toucher autant que j’aurais du le faire parce qu’à partir de là, on s’en sortirait pas. Tout serait à refaire et je comprendrais pas plus ce qui se passerait, je pense.

Photo : Christian Quezada

Mon hymne à la vie.


– Tu vas mourir ici canard, sors d’ici.

– Toi t’es pas fin, c’est ma nouvelle maison, c’est ma nouvelle vie.

– C’est pas une vie! Tu sors pus. Tu manges, tu dors tu t’étires, tu travailles, tu te revires de bord, tu continues. T’es pas une chatte, Saint-Criss.

– Qu’est-ce c’est qui te fait tant chier?  Que je me couche quand je suis fatiguée au lieu de me convaincre que je suis toujours entrain de manquer quelque chose en quelque part? C’est rendu que j’aime ça sentir le petit rush de sucre que me donne une barre Mars depuis que je me sacre pu rien dans le nez pis j’aime ça le sentir ce petit rush-là il me fait plaisir ce petit rush-là. Je me rends compte que sais pas vivre! Y suffit pas juste de boire du jus de légumes pour bien respirer, je t’avertis, quand t’auras envie de te sentir mieux là, y suffira pas de dire que tu veux aller mieux pour aller mieux. Le monde me disait côline c’est à croire que tu veux pas aller mieux. AH OUIN PIS SI QUAND JE VAIS BIEN ALLER JE ME RETROUVER À PAS ALLER MIEUX??? Ben là, c’est ça qui arrive. J’me lève le matin, j’pas ben, je me couche le soir, j’pas ben. J’trouverais ça facile en esti sortir avec toi pis aller manger la face d’un dude random. Facile en esti de prendre le 42 piasses qui me reste pis d’aller me torcher avec. En esti.

– C’est pour ça que j’suis là, moi canard, on prend soin un de l’autre, c’est that’s it.

– On prenait pas soin un de l’autre, Weiss. On s’aidait à pas mourir. Je veux vivre, mais je sais même pas comment faire, asti. Je trouve ça plate à mort vivre à jeun côliss. Faut que je trouve pourquoi, ça peut pas juste m’arriver pis que je fasse rien pour que ça change. Qu’est-ce qui font les autres pour trouver ça normal de vivre? Moi j’ai toujours envie que quelqu’un me donne une médaille quand j’ai fini une journée. Je cours le marathon esti à chaque jour de ma vie comment est-ce que les autres font pour pas avoir mal à leurs petites papattes comment ils font les autres pour que ça ait l’air facile. Moi j’ai le souffle court aussitôt que ça dit GO j’agonise au premier tournant, j’ai toujours envie de déclarer forfait côliss. Ça peut pas être ça la vie, y’a de quoi qu’on doit pas avoir compris.

– T’as pas quarante ans, Joëlle, non plus, c’est normal quand on est jeunes de badtripper calme toi donc, t’es pas folle.

– Tu penses vraiment que quand on va avoir quarante ans, la vie va juste être smooth pis relaxe pis le fun pis chill pis que j’aurai pu de palpitations pis que j’aurai pu peur une journée sur deux d’aller à la pharmacie côliss parce que j’ai l’impression que tout le monde me check pis regarde ce que je mets dans mon panier. Que j’aurai pu peur de juste aller prendre le thé avec ma grand-mère parce que je sais qu’elle est triste de me voir débarquer avec c’te face-là? Ça m’a fuckée nos niaiseries, là j’essaie de vivre avec. J’ai tout le temps peur de mourir pis ma vie commence côliss, as-tu déjà vu ça. Pis j’ai pas dit que je voulais mourir, appelle pas ton père médecin en paniquant c’te fois-là. Il fait rien, ils font tous rien. Tout le monde fait ses affaires pis personne veut me donner la recette. Son esti de recette de plénitude de cul de marde de criss.

– J’pas mieux que toi tant qu’à ça là…

– Je le sais, c’est pour ça que j’aimerais ça que tu décôlisses bien de ma vie.

– Tu penses pas ce que tu dis.

– Ben à défaut de le penser, je le feel en criss. Décôlisse.

– Je reviendrai pas.

– Ça va donc ben rien changer, que je pleure parce que t’es parti ou que je pleure en général. Je veux vivre, moi. T’as pas de solutions, ben va mourir ailleurs que chez nous. Là j’ai 42$. Bientôt m’a en avoir plus. Je veux m’acheter une bicyclette avec cet argent-là. C’est ça que j’ai décidé. Décôlisse dans ton métro. J’vas mettre mon cass pis pédaler en quelque part où tu seras pas.

 

Mon hymne à la vie.

Je veux pédaler moi, même si j’ai le vent dans face depuis que j’suis née.

Ta tête de cochon de marde.

Bon je t’ai dit de lire cette lettre en Bolivie, m’as-tu seulement écoutée crisse de tête de cochon? Je voudrais que tu réalises, ma tchôme, à quel point tu as une belle tête de cochon, une crisse de tête de cochon de marde. L’affaire c’est que, je pense pas qu’on puisse se rendre ben loin sans avoir une crisse de tête de cochon comme la tienne. Garde-la, entretiens-la, laisse-la pas dans un petit coin de ta vie, fais jamais de compromis concernant ta tête de cochon. Personne mérite le ramolissement de ta tête dure.
Y’en a pour qui le pont Jacques Cartier c’est la fin du monde (ben ouais). Faque mettons que t’es en Bolivie pis que tu palpites un peu du coeur, ben c’est normal. Va t’asseoir dans un café ou dans une bière (joke d’endroit) pis lis ton livre. Rush-toi pas de tout découvrir en un jour ou même en deux semaines, ce serait nono pas mal. Va t’asseoir dans la salle commune de l’auberge pis fais des sourires, des beaux sourires de tête de cochon qui veulent dire : «J’ai crissement pas envie de sourire, mais si je parle pas à quelqu’un bientôt, m’a braillé ma mère pis c’est même pas parce qu’elle pourrait m’être utile en ce moment parce qu’elle me dirait sûrement R’VIENS ICITTE faque là je souris au lieu d’appeler ma mère. Come on toi, la petite coréenne, parle-moi au lieu d’être sur ton ipad, j’pus capable de m’entendre parler dans ma tête».

Arrange ça comme tu veux, mais juge-toi jamais.
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ONLY GOD CAN JUDGE YOU -_-

Je vais te rappeler.

Crisse-moi là
de quoi t’as peur
tu vas t’en remettre
crisse-moi là s’teplaît
arrête de me faire sentir comme une poule pas de cervelet
ni lobe occipital
ni boîte cranienne

crisse-moi là mon coeur
je suis tannée de te courir après
partout où tu vas
j’ai l’impression d’être la femme de chambre dans ton voyage de noces

crisse-moi là parce que
des petits coups de fourchette sua yeule chaque jour
ça fait pas moins mal qu’un grand coup de poing
crisse-moi là sinon
tu nous gâches un peu tout le temps
tu te moques de nous

T’attends quoi
tu veux que je te crisse là moi-même
tu veux avoir raison
tu veux que je t’haïsse
tu veux quoi
tu veux que je te dise que t’es monstrueux
que je souffre par ta faute
non je t’aime je t’aime
je te dirai jamais t’es laid
je te dirai toujours oui.

T’attends quoi
t’attends qui
tu voulais qu’on parte ensemble
tu disais : Pars avec moi y’a rien qui nous ressemble ici.
Tu revenais de trois jours de ché-pas-où tu me disais :
Estik que je suis bien là là dans tes bras la prochaine fois que je voudrai partir rappelle-moi que c’est toi ma maison.
Je voulais juste aller me chercher un verre d’eau des fois
tu disais non encore un petit peu reste ici
je disais je reviens calme toi
tu disais que tu savais pas te calmer avec moi dans ta maison, avec moi, ta maison.

Je jouerai pas l’indépendante.
Je t’enverrai pas chier.
Je vais te rappeler.
Va-t’en pis dis-moi rien
je mérite pas la froideur
tu me dois le silence

Crisse-moi là niaise pas
tu tues nos débuts
t’empiètes sur nos vacances
tu me façonnes des regrets.

Laisse-moi
mes souvenirs intacts
Laisse-moi
pas trop amochée
Laisse-moi pas
m’effondrer devant toi

 

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Aime-moi assez pour t’en aller.

 

Une petite déception.

Salut mon cœur,

je t’écris ce matin pour plusieurs raisons, l’une d’entre elles c’est que je veux pas t’appeler, mais que l’envie de te parler est quand même là t’sais y’a comme rien à faire c’est niaiseux j’ai rien à te dire, mais je me dis que si on soupait ensemble je trouverais quelque chose à te parler faque je me dis que sûrement si je t’appelais ça viendrait tout seul, mais quand même je vais pas t’appeler parce que maintenant j’ai besoin d’une RAISON pour te parler et que j’en ai pas. J’ai besoin d’une raison pour plusieurs choses en moment, je devrais idéalement m’en faire une, ça c’est plus compliqué. Je veux pas t’appeler et ça aussi pour plusieurs raisons, la première c’est que je veux pas te rassurer, je veux pas t’appeler et te dire salut ça va et que juste ça ça suffise à t’apaiser tsais à te dire que je vais m’en remettre, saches que oui je vais m’en remettre, mais c’est pas de tes côlisses d’affaires que je vais m’en remettre, je vais m’en remettre je peux te le jurer, ça va être long ça va être tough mais ça va se faire, la raison a ses raisons que le cœur n’a pas qu’on dit pas mais que moi je dis. Je vais donc pas t’appeler parce que je veux pas t’apaiser un peu avec cet appel-là, mais je vais quand même flatter un peu mon cell de temps en temps, mais c’est pas de tes affaires, t’as choisi qu’on serait plus ensemble, assume estique moi je vais apprendre à vivre avec tes erreurs, sans toi. Je vais pas t’appeler parce que je veux pas que tu dormes mieux que moi cette nuit, je veux qu’on soit égaux et ça implique que je doive cesser de te rassurer, comme toi tu le fais avec moi, pas me rassurer. Je veux pas que tu feels mieux après mon appel. J’t’année d’être celle qui aime de façon inconditionnelle. Je veux pas que tu te dises que je suis pas fâchée contre toi, je suis tannée de te justifier, de t’excuser, de t’aimer malgré tout. Y’a des hosseties de limites à l’amour que je me dis, c’est juste que des fois t’sais je me dis aussi que j’ai peut-être un trouble d’opposition avec moi même; je teste mes limites plus souvent qu’autrement, je défie ma propre autorité genre trouble d’opposition avec provocation même.

Je me console en me disant que je suis pas l’océan, y’a moins de chances que je finisse noyée en testant mes propres limites, ouin c’est ça que je me dis pour me consoler tu vois le genre de consolation que je suis rendue à me quêter. Les prochains temps seront pas évidents. La semaine prochaine je veux aller à la cabane à sucre, tu vas être triste quand tu vas savoir que j’y suis allée sans toi parce qu’on voulait y aller ensemble et moi je vais être triste quand je vais y aller sans toi parce qu’on voulait y aller ensemble. Tu m’as appelée hier tu paniquais tu disais que tout autour de toi te faisait penser à moi, mais tu m’as pas demandé de revenir faque je t’appellerai pas aujourd’hui. Ma mère pis mes frères sont frus contre toi just so you know. Ils t’aimaient de tout leur cœur mais ils m’aiment mieux moi gnagna.

Être avec quelqu’un c’est pas seulement être avec quelqu’un quand ça va bien, on est une team, on est ensemble quand on rit, mais quand on se crispe la face de douleur itou.

C’est important pour moi de savoir si tu l’as rappelée finalement après que je me sois poussée de chez nous parce que j’ai déjà imaginé la chaine que je t’ai offerte entrain de lui tapper sur le menton pendant QUE.

Le mal s’est fait et se fait toujours, je pense.

Là là, est-ce qu’il faut que je blâme nos amis est-ce qu’ils savaient que tu avais l’intention de KETCHOSE j’sais pas, est-ce que c’est pour ça que t’as décliné l’invitation à la fête de mon frère le mois passé, avais-tu prévu ton coup, t’as arrêté de créer des souvenirs?
Je me suis dit que moi aussi j’étais capable d’être attirée vers quelqu’un d’autre que toi des fois dans la rue y’a des gars qui me regardent ben oui je suis dans leur champ de vision mais je pourrais m’arranger pour être carrément dans leur ligne de mire c’est ça que je me suis dit ok, mais après ça je me suis demandé si on pouvait tromper quelqu’un qui nous avait préalablement trompé, t’sais est-ce que ça relève encore de la tromperie? Parce que bon han on jouera pas sur les mots, tu m’as trompée, je me suis trompée, on s’est trompés han.

Mon but c’est que tu souffres comme moi je souffre de t’imaginer avec quelqu’un d’autre, que tu l’embrasses les yeux ouverts, c’est tellement gossant que tu embrasses les yeux ouverts, mais t’sais que tu m’embrasses moi les yeux ouverts c’est déjà moins gossant que quand je pense que tu veux embrasser quelqu’un d’autre les yeux ouverts tu vois.

Sauf que là, mon dilemme, c’est que si je FOURRE avec quelqu’un d’autre… regarde ben oui on fourrait (passé de fourrer) ensemble c’est ce que je faisais le mieux estique fourrer avec toi j’aurais même pu l’écrire dans mon C.V. : Fourre vraiment bien quand il est question de fourrer avec Lui. En tout cas quand je m’imagine fourrer avec quelqu’un d’autre, je m’imagine surtout t’appeler disons deux heures plus tard pour te dire «Ouin y’est arrivé quelque chose» tu comprendrais en deux secondes pourquoi je t’appelle, y’aurait pas trop l’effet de surprise qu’il y a eu dans mon cas, ça atténuerait un peu la violence de ta réaction émotionnelle, en plus tu ressentirais surtout des remords face à tes propres gestes, ça revient toujours à toi tu vois, c’est pénible. Tu serais déçu, oui, que j’aie fait les mêmes trucs à un autre, que j’aie dit les mêmes trucs à un autre. BEN LÀ OUI DIRE LES MÊMES TRUCS COME ON je vais pas inventer des affaires à dire à un autre qui est pas toi juste pour pouvoir te prouver que je suis capable de fourrer sans toi, je vais sûrement l’appeler comme toi je t’appelle, c’est ça fourrer par vengeance, mon cœur. Tout le long qu’on fourre on pense juste au fait qu’on fourre par vengeance. Toi, penses-tu à moi quand tu fourres par tristesse? Oui, toi tu fourres par tristesse, moi par vengeance, tu fourres en te disant que ça t’attriste de m’imaginer triste moi je vais fourrer par vengeance parce que, que même si tu m’imagines être triste tu fourres quand même.

En attendant, je vais quand même pas t’appeler. Je pense rester avec mon idée de guerrière solide et juste attendre quelques mètres, mois, heures, logarithmes, sans toi.

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Apprendre à vivre avec tes erreurs, mais sans toi.

Photo : Christian Quezada

Lettre à mon chum.

J’ai pensé à notre future rencontre, ce serait quelque chose de le fonne sans être trop le fonne, j’ai pensé à notre rencontre on s’en attendrait pas. Tu te serais dit dans ta tête elle a l’air gentille même si on est sensé dire avoir l’air gentil vue que c’est l’air qui a l’air gentil, t’es pas obligé de te parler dans ta tête avec ton guide pratique de la grammaire revisitée c’est correct aussi là inquiète toi pas. Après ça on se serait rencontrés, ce serait faite t’sais bon. Une chose de réglée. Ce que j’essaie de dire c’est que les deux on veut la même chose ce soir-là faque t’sais ça les choses vont aller vite à partir de là. Good. Enfin.

Je m’excuse, je sais pas encore ton nom, mais il faut que tu saches que tout ce que je veux, c’est pas vraiment toi. Moi, tout ce que je veux c’est d’arrêter d’avoir toujours à parler, je suis tannée d’avoir toujours à parler, je voudrais que quelqu’un prenne le relais tu comprends, je suis tellement tannée d’avoir à répéter les mêmes côlisses d’affaires à tout le monde qui me pose toujours les mêmes côlisses de question t’sais, ok? Deal. Une fille célibataire c’est très laid, ça paraît mal sur un C.V. de relations interpersonnelles. Je m’en foutrais si c’était juste mal paraître dans mes relations gars-filles de mon âge ça serait une chose, mais ça paraît très mal surtout sur mon C.V. de fille en général mettons la «folle-célibataire», la «pas-toute-là», la «monstrueuse qui baise tout le temps avec n’importe qui» ou ben «la frigide» là selon comment s’oriente le jugement. Je voudrais aussi non seulement quelqu’un qui parle à ma place, mais je voudrais aussi quelqu’un qui prenne mes rendez-vous de fin de semaine, je voudrais aussi quelqu’un qui soit toujours là que j’aie plus jamais à me faire demander Où j’étais Avec qui j’étais Combien de temps j’étais avec qui où j’étais avec qui Comment ça j’étais là avec elle ou lui peu importe c’est pas le genre l’important c’est les questions, j’aimerais ça que ce soit une évidence qu’il y avait quelqu’un avec moi pis que ce soit toi. Le Toi en tant que tel on s’en fout, t’es un peu un objet. J’aimerais ça être avec toi là prends-le pas personnel, commence pas!

JE VEUX UN PRÉTEXTE POUR ÉCOUTER DES FILMS EN BOBETTES LE VENDREDI SOIR.

Je voudrais que le monde ferme sa gueule, qu’il puisse au moins se dire que y’en a un qui me comprend et qui s’associe à moi t’sais faque je dois pas être si dure à vivre. C’est ça, que je veux, mon futur amour. C’est trop pas de passer du temps avec toi en tant que tel pis d’apprendre à connaître tes cousins que je m’en criss un peu d’eux t’sais des cousins à part les miens je vois pas l’intérêt des autres cousins sua terre tout ce qu’on fait avec des cousins à notre âge, c’est se rappeler qu’il faudrait les voir plus souvent ou dans d’autres cas se dire qu’estik qu’on est différents, qu’on a pris des chemins opposés, c’est ça qu’on fait avec des cousins, tes parents je m’en fous de les rencontrer c’est la suite logique des choses ET
je me dis surtout queeeee….. Écoute bien ça la bonne nouvelle!!! ….

Si on déménage ensemble ça va juste être telllllllement niiiceeeeee de pouvoir dire au monde que T’AS eu une grosse journée faque ON va prendre ça relax ALLELUIA parler au IL ouiii s’il-vous-plaît je suis tellement tannée de parler au JE.

Mes sentiments mes émotions qu’est-ce que j’en pense, jamais pouvoir me retourner vers quelqu’un qui est pas d’accord. Non estique y’a toujours juste moi pis faut que je dise ce que je pense pis qu’après ça j’assume je peux pas dire ah non je pense pas avoir dit ça, te faire un clin d’œil pis que t’acquiesces que j’ai pas dit ça. T’sais c’est drôle aller à des soirées avec mes amis en couple, sauf que quand je dis non merci ils disent come onnnnn on s’en fout que tu sois toute seule ben oui on s’en fout sauf qu’après je me couche sur mon petit lit improvisé pendant que vous allez vous spooner au chaud ouash c’est fatigant garder ses bas dans un sleeping bag parce qui fait frette dans votre salon la nuit pis me lever le lendemain avec mon mascara coulé dans votre odeur de samedi matin. Revenir en taxi à deux c’est nice on partage les coûts et aussi on peut se dire ouin belle soirée ouin ouin belle soirée ou ben Ayoye hen Julien y’est pas toute là ces temps-ci as-tu entendu comment il parle à Dave et que là tu dises à ton tour Bien oui n’est-ce pas je n’en revenais pas! T’sais sûrement que tu parleras pas comment ça, mais t’es quand même neutre là dans ma tête pour le moment, je te donnerai un accent ou des tics de langage plus tard.

Des fois dans les cafés où je vais les filles à côté de moi parlent tour à tour dans le dos de leurs chums, c’est comme un combat de c’est qui la fille qui a le pire chum elles rient toutes dans leur dos, se tappent dans la main pis retournent faire une faveur au gars pis par faveur je veux dire de sortir avec une fille qui sent bon tout le temps. YOOOO DONNE-MOI LÉÉÉÉ si tu le veux pas. Je m’en fous qui perde son poil dans la douche l’important c’est qu’il puisse répondre au téléphone pis dire que je suis pas là je suis où il le sait pas je reviens quand il le sait pas avec qui il le sait pas. J’ai envie que y’ait quelqu’un à côté de moi qui a mal au ventre faque je dois m’occuper de lui au lieu de me réveiller le matin et de me poser mille questions genre ai-je bien dormi suis-je encore fatiguée que vais-je faire aujourd’hui. Donne-moi des ordres, mon amour, force-moi à aller prendre une marche avec toi, fâche-toi parce que t’as faim pis que j’avais dit que je passerais à l’épicerie pis que je l’ai pas fait parce que je suis passée à la pharmacie te chercher des hossetiques de ROLAIDS pour ton mal de ventre. C’est tu pas une belle chicane ça quand tes tites crises tournent autour de ça.

Mon malheur c’est mon éducation. J’en veux pas de char, j’en veux pas de maison, je veux pas d’enfant, je pense pas à ça, je suis monstrueuse ça doit être pour ça, je suis anguleuse avec mes désirs de randonnées au Machu Picchu. Moi, ce que je veux, c’est partir en voyage avec Phil pis Marc pis que personne me demande c’est lequel mon chum pis que personne se dise que c’est bizarre pour une fille de partir vivre un mois dans une tente avec deux gars. Pour une fille. Pour une fille. J’aimerais ça être vieille avec Edwige sur la galerie pis qu’on se berce pis que personne sauf nous devine que c’est parce qu’on est les seules à se trouver drôles.

Lettre à mon chum

Crois-moi, mon amour, que j’aimerais ça que mon désir dans la vie se résume à toi.

Photo : Christian Quezada

Des fois, aimer quelqu’un.

C’est ça l’affaire, c’était y’a peut-être cinq ans pis je t’aimais pas je suis désolée des fois je faisais comme si je voulais être avec toi, mais tout ce que je voulais c’était que tu trippes sur moi des fois je disais des affaires à mes amies comme : «Si ça marche pas à soir avec Fred (nom fictif inventé pour l’exemple), au pire j’appelle Bribri».  Mes amies savaient de qui je parlais quand je disais Bribri, elles riaient avec moi. Je m’excuse Bryan je le trouve ben correct ton nom ton nom est ben normal comme nom, mais te trouver un petit surnom qui sonne culcul on dirait que ça fittait avec mon égoïsme. Oui, je dis ton nom, Bryan, je le dis parce que j’espère que tu vas lire ça, Bryan.

Tu m’as supprimée de tes amis Facebook y’a environ deux ans, pis pour te faire sentir cheap de ça, je t’avais écrit une cochonnerie en inbox, une cochonnerie qui allait peut-être te faire dresser les mamelles pendant la lecture, en tout cas c’est ça que je m’imaginais, je m’imaginais que tu lisais mon e-mail en bédaine pis que t’avais un petit frisson devant ce e-mail-là rempli d’insides poches de fille qui veut juste encore se prouver qu’elle a une emprise sur quelque chose en quelque part. Mettons une emprise sur quelque chose d’autre que le chien chez mes parents qui est toujours bien content de me voir, mais je sais qu’au fond c’est juste parce que je porte souvent mon coat de bacon quand je vais le voir ça compte pas, haha un coat de bacon. Ok je m’excuse tu vois je fais des jokes quand j’essaie de m’excuser de mon horreur envers toi. Je suis complètement dégueue dég dégueulasse dég dég. Je me souviens tu disais : «Veux-tu qu’on déjeune ensemble» et je disais : «Tu veux qu’on partage un petit DÉG?» en riant vraiment fort après, je me frottais les yeux de rire fort, voyons donc pourquoi je faisais ça, ça se peut tu! On peut faire ces jokes-là à temps partiel à quelqu’un qu’on aime pis qu’on estime à temps plein, pas à quelqu’un qu’on s’en fout un peu chaque jour pis qu’on le pense un peu vraiment en disant petit DÉG parce ses boxers sont lousses pis dans nos rêves LE BON, LE PERFECT, THE ONE, il porte des boxers serrés, j’avais trop pas le droit de dire petit dég avec dégoût en regardant tes boxers lousses voyons donc!

Trippais-tu vraiment sur moi ou c’était juste parce que je faisais mes propres règles dans notre relation fak tu te disais : «Osssssetie si je pouvais mettre moi-même mes propres règles, me semble elle tripperait sur moi elle avec». T’es beau, t’es intelligent, je prenais mon cell ben saoule pis je te textais  «T où? Tu tcrosses tu?» et tu me répondais quelque chose de relax et normal comparé à ce que moi je te textais, je me souviens plus quoi tu répondais en tout cas t’avais pas à faire ça, t’avais pas à répondre à une fille qui sent la clope de la bouche pis que ses yeux sont semi-fermés sur un cell dans un taxi. T’avais pas à répondre à une fille qui écrit pas ses mots au complet et qui fait des fautes d’orthographe. Des fois je t’écrivais à toi ces affaires-là dégs pis j’écrivais à un autre gars : «Bonsoir, garçon, que fais-tu?» dans la même ride de taxi. Ben oui. Life is life, nana na na na.

Écoute Bryan. Je sais pas pourquoi j’ai fait ça, mais je t’avouerais que si c’était à refaire, sans doute que je le referais. Ouais. Je recommencerais n’importe quand. Hélas. Ben pas tant hélas sérieux, j’étais vraiment bien avec toi, power-womanizer-whateveu, j’avais l’impression de me promener avec tes couilles en collier dans la rue pis que le monde me voyait pis qu’il se disait Oh WoHoWoHoHo she’s a ladeyyyy. J’avais l’impression que ta mère attendait juste de me rencontrer, toujours stand by avant ses soupers de famille, j’avais l’impression que ton père pleurait en se rappelant ses jeunes années de fougue sexuelle en se disant que je devais vraiment en valoir la peine pour que tu te donnes tout ce mal. T’as maigri, t’as cerné pis tu t’es mis à fumer, mais la woh là je m’en rendais pas compte que c’était à cause de mon mascara sec pis de mes mains moites. Limite moi je trouvais ça beau ton nouveau genre.

Quand tes parents t’appelaient et que j’entendais ta mère dire à ton père : «Il peut pas parler, il est avec elle», pis que tu devenais stressé, tu rougissais des oreilles, tu disais : «Ça a pas rapport là, fais juste me dire pourquoi vous m’appelez, y’a-tu quelque chose?» pis là ta mère elle-même devenait un peu stressée devant la voix insistante empressée de son chérubin lapin, je trouvais ça quand même vraiment drôle. Mais pas drôle drôle. Drôle laid plus. Ben drôle laid cute, je t’haïssais pas, quand même. J’ai fini par m’attacher à toi. Vraiment. Je te le jure.

Les deux mois où on a sorti ensemble officiellement et qu’enfin tes parents m’ont rencontrée, ils m’ont détestée toute suite pis c’est correct. Je les trouve brights de ça. Je me serais haïe aussi. T’avais le droit à quelque chose de meilleur que ce que je te donnais presque même pas. Pour une action gentille de ma part, j’en attendais environ dix de la tienne, c’était ça mon ratio de marde.

On s’est revus en ville avant hier. T’étais encore vraiment stressé. Peut-être parce que tu portais mes bas. Ça m’a encore un peu dégoutée. C’est correct que tu portes mes bas, je me souvenais juste pas de les avoir oubliés chez vous, c’est drôle que ça aie adonné qu’on se soit croisés, je trouve ça ben correct que tu portes mes bas en ville. Je pense jamais à toi, mais cette fois-là qu’on s’est croisés, j’ai eu envie de t’appeler après pour te reprocher de m’avoir presqu’ignorée. C’est quoi mon problème, Bryan? J’ai personne dans ma vie en ce moment, toi t’as quelqu’un, ce serait un beau challenge de retourner te chercher, c’est ça mon problème. Je pourrais recommencer tout ça, me faire croire que je t’aime à en valoir la peine, je pourrais faire ça.

Une fois tu m’avais démaquillée, c’était drôle tu m’avais aussi brossé les dents, on jouait à l’esthéticienne qu’on disait. J’ai réalisé que je pourrais t’aimer alors je suis partie pendant la nuit, parce que j’avais peur que la relation de pouvoir finisse par s’inverser. Après ma fuite nocturne, tu m’as écrit, tu as écrit : «Vraiment?» J’ai pas répondu, je t’ai jamais jamais répondu. J’aurais pu te répondre, j’aurais pu aller chez vous chercher mes bas, t’expliquer mon égoïsme, mais non, j’ai rien fait. Je sais que tu m’as appelée du cell de ton ami en demandant le nom de quelqu’un d’autre parce que tu m’avais déjà textée de ce numéro-là un moment donné que t’avais pus de batterie dans ton cell. J’étais mal à l’aise que t’aies fait ça. Ton malaise devant moi m’a toujours mise très mal à l’aise. Bref. On s’était jamais revus avant cette fois-là où on s’est vus en ville et que tu portais mes bas. Des fois, le mieux qu’on puisse aimer quelqu’un, c’est en le laissant tranquille. Ça aura été ça, mon amour pour toi. Mes trente-deux milles actions gentilles de dette envers toi auront été rachetées par le fait que je vais pas te rappeler.

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Évidemment pas besoin de me remercier.

Crédits photo : Christian Quezada

Je me sens d’un monstre quand t’es là.

J’arrive à un party,

à d’autre monde je dis yoyoyoyo wazzaaatsup yesssss grosse kèèèèèècche yéyé yo en enlevant mes bottes, essoufflée, échevelée, avec un peu de bave sur le bord de la bouche parce que j’ai parlé la tête par en bas.

À toi, je te la demande presqu’en dernier, ton humeur. Le temps de reprendre mon souffle, de me replacer la couette, de replacer ma robe, de devenir un semblant de quelque chose de délicat, je veux bien te la demander, ton humeur, je cherche à bien entamer une possible conversation. La première impression t’sais, c’est important, c’est niaiseux on en est à la 2847e impression, mais quand même j’ai pas l’impression que je voudrais avec toi, jamais, alors on recommence, toujours.

Salut, tu vas bien? Ouash, tu me réponds la vérité, t’es proche de tes sentiments, tu es honnête, tu fais pas juste répondre ça va toi? Non estik t’enchaines sur les grands mots les grands moyens les aspects plus difficiles de ton métier. La bonhomie c’t’un synonyme pour ton nom.

Toi là, ta mère doit tellement t’aimer.

Je raconte une histoire qu’on s’en fout du punch, tu me dis : «Voyons, c’est sans doute pas ça qu’il voulait dire, tu déformes tout à ton désavantage, dis pas ça» et blablabla  dans un français impeccable, j’ignore mes amis qui passent à côté en disant yéyéyéyéyéyé yoyoyoyoyoyo wazzzaaaaaaaa vamos à la playa con carne!!! (réplique vraie de celui qu’on appelle Babyne, je l’ai pas inventée). Ça recommence, je me sens toujours d’un monstre quand t’es là. T’es gentil et ponctuel mettons même deux minutes d’avance pour être plus ponctuel que le pape le plus ponctuel des papes.

Je sais pas si tu es un vrai gentil parce que les vrais gentils comme toi me semble il s’en fait plus à partir de secondaire 1 ou 2, le bien élevé de la classe, genre le seul qui disait madame à la prof même quand c’était pas obligatoire. Des gentils comme toi c’est pas normal dans des partys où la fille à côté de moi se clenche une bouteille de vin toute seule et que tout le monde trouve ça normal sauf toi évidemment, tu lui demandes ses motifs, tu lui demandes si elle boit toujours autant. Ben nonnnn, tu fais même pas ça, t’es même pas gossant, tu sais que y’a rien qui donne plus envie de caler sa bière que quelqu’un qui demande «pourquoi boire aussi vite?»  Tu vas juste t’assoir à côté pis tu lui parles pour que le ménisque descende moins vite, ESTIK, tu sais ce que c’est qu’un ménisque, fais pas semblant. La fille qui se crissait du vin dans le fond de la gorge avec un entonnoir imaginaire boit moins vite évidemment t’es beau comme un cœur en plus pis tu lui poses des vraies questions intéressantes. Tu t’intéresses à tout un petit peu au moins fak quand elle te dit qu’elle étudie en mode tu es capable de lui demander si c’est elle qui a fait les pants qu’elle porte, parce que tu sais que si elle les a pas faits, il lui ont coûté 300 piastres, pis t’as raison, ELLE LES A FABRIQUÉS.

Son prof préféré s’appelle monsieur Meilleur tu fais même pas une petite joke là-dessus, come on! «Sauf que, l’université en mode c’est vraiment pas comme le collège de mode», je le sais j’écoute tout ce que vous vous dites en même temps de faire semblant de discuter avec quelqu’un qui est pas toi fak il se rend pas compte que je fais semblant que je discute avec lui parce qu’ils peuvent pas tous être toi hen, t’sais comment c’est, si y’étaient tous comme toi y’aurait même pas de guerres dans le monde y’aurait juste des gens compréhensifs, intéressés, intéressants, avenants. AVENANTS. Je pensais qu’avenant, c’était un mot désuet, après ça je t’ai rencontré, fuck la désuétude d’avenant avec toi, t’es tellement avenant ça a même pas de classe.

Le tsi verre d’eau à côté de la bouteille de vin en face de la fille, c’est toi qui l’a déposé là, t’as pris une pause de ta propre saoulerie pour faire semblant que t’avais soif d’autre chose et tu lui as offert un verre d’eau, elle a dit non, tu lui en as quand même apporté un pis là ben elle le boit. Elle alterne entre vin et eau. Fuck you.

Plus tard dans la soirée, je talkshitE (avec un «e» à la première personne du singulier) tranquille avec mon ami à propos d’un gars dans notre équipe à cause de qui on a presque eu zéro dans sa partie travail parce qu’il pensait que c’était à remettre pour deux semaines après, histoire à travers laquelle je me lance moi-même des fleurs parce que j’ai allumé à temps et que finalement on n’a pas eu zéro. Tu me demandes avec une voix douce comme un manteau de cuir usé si le gars s’est rattrapé pour le reste du travail? Je suis obligée de te répondre qu’il s’est tappé toute la métho tout seul et qu’on a eu une bonne note. Je peux pas te dire que le gars de qui je parle dans le  dos je l’haïs parce qu’il pose toujours des questions fatigantes au prof quand on essaie de finir le cours plus tôt, parce que ce serait immature, fak je me sens juste d’un monstre, deboute devant toi, à côté de la pas-si-saoule-grâce-à-toi, je regarde mon ami qui m’a déjà dit que t’étais trop son genre pis je le trouve wack de pas t’expliquer l’affaire du gars pis ses questions fatigantes, ça changerait quoi t’es le genre de tout le monde anéwé, y’a pas de chances avec toi, moi non plus. Mon ami dit rien, je dis rien, tu dis rien t’as rien à dire t’as fini de me rappeler ma monstruosité, en plus tu l’as dit d’une façon même pas brusque, tu m’as dit ça comme tu aurais dit : hey oublie pas tes clés, sont juste là. Pourrais-tu s.t.p genre juste dire «si j’aurais» un moment donné? Même pas obligé d’être si pire fais juste pluggé dans une conversation que t’étais tanné de quelque chose, même pas obligé d’être hors de toi, juste impatient un peu.

Je me sens d'une monstre quand t'es là

Je suis certaine que tu t’apportes un livre quand tu vas faire renouveler ta carte OPUS. Avoue-le.

Photo : Christian Quezada