Ma Querelle

Ma querelle, c'est aussi la querelle de tout le monde (pas tout le monde sur la terre, j'sais ben, j'pas épaisse).

Catégorie : Bang Bang kin toé

Si j’avais eu le choix, j’aurais rien changé.

–       Des fois je me demande si ma mère savait vraiment pas que Maude est lesbibi. On en a parlé 982 fois devant elle pis a l’avait l’air surpris quand on a dit qu’a viendrait avec sa blonde à ma fête.

–       Bah moi avec le temps y’a tellement de trucs que je m’en fous de plus en plus, c’est sûrement juste ça qui lui arrive. Je dis m’en foutre, mais je veux dire m’en criss, m’en torche comme c’est pas permis, peut-être que ta mère, même ta fête elle s’en contre-torche-criss, c’est peut-être pour ça qu’elle avait l’air surpris, elle s’est dit fuck c’est sa fête, oupssyyyy.

–       Merci, c’est exactement là que je voulais en venir.

–       De rien. Best Friends For Ever never die.

–       Toé m’a te killer.

–       Fuck venant d’une enseignante en éducation au secondaire sérieux j’ai peur, vas-tu me tuer à coups d’additions ou de soustractions ouououououou.

–       T’es la fille la plus dég que je connaisse.

–       OKAY. ALGOOD, savais-tu, je dis algood, c’est encore mieux que alright. Good c’est une coche au-dessus de right, non?

–       J’aimerais ça si tu pouvais juste mettons arrêter de parler.

–       OKAY!

–       […]

–       […]

–       […]

–       […]

–       Je m’excuse parle-moi encore c’est pas vrai, ça m’angoisse quand t’es là pis tu parles pas on dirait que t’es malade tu parles toujours d’habitude, même si c’est pour rien dire, ça me soulage quand tu parles pour rien dire je me sens mieux quand tu m’insultes.

–       OKAY, calme-toi, j’ai vu ta vie défiler devant tes yeux. Sauf que c’est vrai hen que y’a de plus en plus d’affaires que je m’en contre torche sacre. Mettons là, maintenant, y’a vraiment vraiment vraiment pas grand chose qui pourrait faire que j’aime vraiment vraiment mieux être chez nous à gosser dans mes affaires que de sortir aller dire à tout le monde entier comment je m’appelle. Cet été, je rencontrais du monnnndeee une pelletée de monde, tout le temps. Chaque personne que je rencontrais me disait : «Nice to meet you». E-qu-what? Tu me connais même pas buddé. J’aime ben mieux être assise dans ton char avec toé là là en ce moment, ma tchôôôme, même si tu m’hais semi parce qu’on sait pas si on s’est choisies ou si on se tient encore ensemble parce qu’on s’est toujours tenues ensemble. Là on fait rien en tant que tel t’sais j’pas à une expo à checker des toiles, non, on attend l’autre lesbibi qui s’en vient pas, on l’appelle lesbibi c’pas trop fin, mais on l’a comme toujours fait fak on le fait encore. On s’en va rejoindre l’autre avec ses dents de cheval, elle a même pu ses dents de cheval depuis la sixième année pis aye depuis quand on se permet de niaiser quelqu’un sur son physique t’sais, on se niaise, entre nous, sur notre physique, quel genre de coche d’amitié on a pognée là! Je pense que je donnerais ma vie pour vous autres moi t’sais. J’te jure, même si je vous ai peut-être même pas choisies. Aye mon arrière grand-mère a l’avait dit à mes tantes pis à ma mère : «Mes tabarnouches, vous les choisissez pis vous les divorcez, moi je l’avais pas choisi, je l’ai torché la moitié de ma vie, pis braillé l’autre moitié.» Moi en tout cas, ça m’avait fait réfléchir.

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–       Bonnnn merci je me sens mieux avec ton bruit de fond de bouche qui se fait aller. Moi too je donnerais ma vie pour toi, ma tchôme.

Mes belles tsites bottes.

Y’a eu des fois que je faisais pas grand chose, voire même rien pentoute pis tu me chantais l’Angélus toué soirs en étant toujours de plus en plus motivé, je disais hihihi et tu disais ah mon Dieu quand tu dis hihihi comme ça, je disais rien même des fois je faisais juste être là et tu disais ah mon Dieu quand t’es là comme ça, wow.

Àc’t’heure j’ai cette grosse impression-là qui part pas comme une senteur de clope sur mon linge quand je donne un bec à ma mère en arrivant chez eux, cette impression-là sale qu’être moi, ça suffit pas. Ça suffit plus.

J’ai mangé moins pour avoir le sourire plus gros que les joues, je me suis fait faire un tattoo quand même assez gros ça a pas rapport avec l’encre ni le dessin je voulais juste me dire ayoye que je suis game j’ai un tattoo quand même assez gros à une place visible ayoye je suis tellement welling, je voulais me sentir BIG dans le sens que quand j’arriverais en quelque part estique que le monde le saurait estique que le monde se retournerait.

Fuck you tu m’as tellement bien aimée qu’àc’t’heure je pense que le monde entier me doit quelque chose.

J’ai pas d’attention faque je parle plus fort tout ce que ça fait c’est que le monde se revire de son bord il est pas intéressé à moi le monde, il dit que je conte toujours les mêmes affaires, l’autre jour j’ai déjeuné avec une photo de toi pis moi, j’avais le cheveu pas teint et le sourire plus gros que les joues juste un piercing din oreilles pis j’étais belle je pense en tout cas douce et gentille oui je le voyais sur la photo, je t’ai même pas regardé en déjeunant, je me regardais moi et je me trouvais délicieuse je m’aurais mangée pour déjeuner, je me disais «T’ES OÙ, je te trouve plus! T’ES OÙ t’es tellement belle de même tu te trouvais pas particulièrement nice, mais tu dormais bien et tu parlais aux gens concernés en temps et lieux t’étais posée et respectée, tu passais l’après-midi à regarder le plafond en écoutant des CD sur repeat, tu réfléchissais bien T’ES OÙ, reviens s’il-te-plaît j’étouffe à vivre avec la nouvelle toi».

T’étais mon best friend et c’est parfait je peux pas avoir rêvé mieux pour un premier petit lover t’étais idéal tu disais : «Wow ta jupe baby» et je disais «hihihihi» et c’est là que tu disais ah mon Dieu quand tu dis hihihi comme ça et ça recommençait t’étais vraiment mon meilleur ami si tu vois ce que je veux dire. Tu m’as pas abandonnée t’es encore pas loin, mais même toi je sais que tu me supportes plus, c’est rien de ta faute je sais pas j’ai été gâtée pourrie pis mes idées de grandeur m’ont perdue. Je réalisais pas que tout ce que je désirais je l’avais, j’étais douce j’avais la peau moins sèche il me semble aussi, je sais bien que j’avais des petits défauts, mais me semble qu’ils ressortaient moins, là je suis très fatiguée et j’ai l’impression que quand j’arrive en quelque part mes défauts me font de l’ombre. Oh shit que je suis fatiguée, je cours partout en même temps, je veux que le monde me voit avec mon grand sourire, je me maquille aussi vraiment bien aye même pas de cours, autodidacte de maquillage hen wouh malade. Je date des gars qui voudraient que je leur dise merci de bien vouloir de moi, j’ai laissé tomber nos soirées à être couchés un en face de l’autre à se dire des jokes pis à se frencher avec la langue pour aller avec des gars que je connais même pas un peu, que je suis toujours stressée quand sont là, des fois y’en a même qui disent que frencher avec la langue c’est pour les vaches, je les trouve deg de dire ça et je me trouve deg de rester là.

Je voulais être la reine de j’sais pas quoi. Saches bien que je le suis. Je suis la reine de Rien baby.

Je pensais à toi je me disais ayoye qu’il fait pas grand chose hen ayoye que moi je suis partout ayoye que le monde me tappe dans la main ayoye que le monde me trouve belle checkez donc ça mes nouvelles tsites bottes sont-tu pas nices ces tsites bottes-là ben oui ce sont les miennes, aye que c’est pas lui qui aurait ces tsites bottes-là, je me disais ayoye qu’il fait pitié il m’aime tellement peut-être qu’il s’en remettra jamais, peut-être même qu’il doute pouvoir trouver aussi bien que moi dans quelqu’un d’autre, je le disais à personne évidemment je le disais dans ma tête là woh j’étais pas attardée mentale, j’étais juste vraiment motivée à me trouver extraordinaire parce que TOÉ tu m’avais convaincue que je méritais le monde et plus encore comme quand on dit je t’aime aussi gros que l’univers X le ciel X un million, tu vois le genre, je pensais que je méritais la voie lactée à cause de ton amour trop pur (estique hen). La première fois que je me suis fait payer un verre dans un bar j’avais pitié pour toi je me disais ayoye que c’est pas lui qui se ferait payer un verre hen. Je m’excuse je m’excuse tellement, tu mérites vraiment plus qu’un vodka canneberges c’est pour ça que personne t’en offre j’imagine. T’aurais pu me dire que c’était pas moi le pilier t’aurais pu me dire que c’était toi l’étoile t’aurais pu me dire que y’avait rien d’extraordinaire avec le fait que j’éternue dans mon coude au lieu de dedans ma main et que pour personne d’autre que toi sur la terre ça suffit à trouver quelqu’un sensationnel. Moi là j’t’allée vers le monde et j’ai dit : CHECK BEN ÇA, m’en va me réveiller le matin avec le toupet din airs pis toi tu vas trouver ça génial. Le monde s’est reviré de son bord, il trouvait pas ça fucked up nice que je dise : Allôtouiiiii quand je réponds au téléphone.

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Là je suis pas pire toute seule avec mes tsites bottes pas trop chaudes faque je pogne le rhume à répétition, mais estique qu’elles sont belles ces bottes-là hen c’est pas toi qui aurait acheté ça hen.

Crédits photo : Christian Quezada

Faire son ordinaire.

Ce qu’on a coutume de faire, ce qu’on a coutume d’être.

  • Ne vous en étonnez pas, c’est son ordinaire.

Hier, c’était Noël avec en famille je suis extraordinaire, je suis extraordinaire.
Ce soir, c’est encore Noël avec ma famille, je suis extraordinaire, je suis extraordinaire.
Mon cousin m’a chuchoté : «C’est le fun d’avoir une cousine fuckée comme toi».
Je suis extraordinaire, je suis extraordinaire.

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Joyeux Noël aux fuckés qui doivent justifier leurs tatoos, leurs piercings, leur végétarisme, leur vulgarité, leurs rêves non-mercantiles, leurs bands de garage, leurs études en lettres, pires! en théâtre quand est-ce qu’on va te voir à tévé? À vous tous qui ne savez que répondre à : «Pis là, tu vas faire quoi avec ça?» (jesuisextraordinaire jesuisextraordinaire)
Répétez zzzzaprès moi.

Les premières fois.

Ce matin, deboute vers 7 : 00 complètement reposée, je me suis fait un petit smootie, j’ai pétri mon pain, je l’ai laissé reposer un brin (d’avoine hihihi) je suis allée courir un peu, ouin 10 km en 30 minutes je pense que ça s’est bien passé, ça fait longtemps que je me pratique, mes efforts portent fruit (comme mon smootie hihihi), le parc Lafontaine me disait salut ma grande et à la fin de ma course, j’ai même aperçu des feuilles disposées en forme de sourire, par terre. De retour à la maison, op op sandwich aux tomates pain multigrains, je n’ai pas pensé à toi car je n’ai que très peu de respect pour toi et je ne crois pas que tu en vailles vraiment la peine, or donc, ça été très facile pour moi d’entreprendre cette délicieuse journée. Je suis même allée m’acheter un Caprice des Dieux à l’épicerie. J’sais pas, je feelais awsome.

Ouin faque c’est ça hier j’étais complètement torchée, je t’ai appelé je pense y’était 4 : 12 pour t’avertir que je m’en venais chez vous, j’ai bien fait de t’avertir, tu m’attendais pas. Pourtant je t’ai expliqué que je venais de retirer 40$, on dirait que tu t’en foutais, t’allais pas m’attendre, même si j’avais mon 40$ dans mes mains et que je t’ai expliqué que je pouvais me rendre chez vous genre 2-3 fois avec tout ce pognon-là, tu m’as raisonnée, t’as dit (je pense) «Je crois pas que c’est une bonne idée» mais j’avais pas cette réponse-là dans le goût pentoute, faque je me suis obstinée, ça devait ressembler à «Coooomeeeee onnnnnnnnn», ouais y’en a qui s’obstinent à vouloir paraître jeune à 60 ans, moi je m’obstine à aller dormir chez vous le vendredi à 4 : 00 du matin. Y’a des matins plus durs que d’autres, oui, certainement, je vous l’assure cher, parfois il m’arrive de me tortiller pas mal dans mon lit en ouvrant les yeux, j’ai toujours envie de te quêter une dernière nuit. Si on m’avait dit : «Un jour, tu quêteras quelqu’un pour avoir sa nuit, j’aurais dit hen impossible, j’ai mes propres nuits, pourquoi je quêterais la nuit de quelqu’un d’autre.» OH FINALEMENT HEN R’GARDE DONC ÇA QUISSER QUI QUÊTE UNE PETITE NUIT PAR-CI PAR-LÀ. PAS AUSSI FRINGANTE QU’EN SECONDAIRE 4 LA PETITE MADAME !!!

Votre honneur, sur mon honneur, je voulais vraiment seulement aller être à côté de toi, j’sais pô j’respire mieux quand t’es là j’sais-tu, on est des animaux, j’suis down avec les shits de meute. Ça avait tellement rien d’un booty call que moi-même je me suis surprise.

On vit pas mal de premières fois ces temps-ci
nous deux.

Hier
tu m’as dit non
pour la première fois.

Ok
c’est assez les premières fois,
merciii.

Les premières fois.

Répète-le moi toujours que c’est pas une bonne idée nous deux, parce que j’ai tendance à l’oublier, entre deux courses le samedi matin à 7 :00 en préparation pour le marathon d’Atlantique city en avril prochain, ça me fait pas mal d’affaires à penser, tu m’excuseras.

Photo : Christian Quezada

Ma petite tiède.

Ton bras sur mon chest tantôt, je l’ai regardé longtemps. Je l’ai regardé longtemps ton bras sur mon chest parce que tout ce que je voyais, c’était ce petit bras mou, sur mon chest. Je voyais rien d’autre que ton bras sur mon chest et je sentais rien d’autre qu’un petit bras mou tiède sur mon chest. Y’avait rien qui reliait ce petit bras mou tiède sur mon chest à quelque chose de plus grand. Ton bras faisait aucun effet dans mon chest, ça aurait pu être un 2 par 4 qui soit déposé là, sur mon chest, j’aurais senti aucune différence.

Tout en toi est tiède pour moi, mais pas tiède semi chaud, je dirais tiède semi froid. Ta présence est tiède, t’es molle, tu m’embrasses raide, tu fais des ronds avec ta langue, mais genre juste des ronds tout le temps et je les trouve bizarres celles qui embrassent comme ça, toi incluse évidemment. Tu penses que je te trouve cute, quand tu vas aux toilettes tu fais des petits pas que tu penses que je trouve cutes, tu changes ta voix pour me parler, tu mets de la crème pis du sucre dans ton café, ayoye prends-toi un vanille française tant qu’à y être, pitié, t’es pas obligée d’en boire du café.

Tu me racontes des histoires de ton enfance, tu me racontes ton voyage en France en 2005 avec ton école de danse, tu me racontes quand t’es stressée, tu me racontes ta mère pis ton père pis ta sœur, tu me racontes ton voisin qui écoute Hotel California 21 fois par jour, j’ai même pas besoin de parler, limite d’écouter, on est assis sur ton divan, tu me parles de ta journée à l’école, j’aime ça, je fixe ton pied sur ma cuisse et je peux me dire tranquille dans ma tête que ton pied sur ma cuisse ça pourrait être une galette de riz je serais sûrement plus content parce que j’aime les galettes de riz.

Ton appart est quand même laid, pas dans le sens crade, ce serait déjà plus intéressant, je veux dire quand même laid y’est bien rangé et ton lit est au milieu de ta chambre sur une base de lit quand même laide que t’as dû acheter chez Ikea à Boucherville avec tes parents qui voulaient bien t’installer dans ton premier appart, tes tasses fittent avec tes assiettes pis t’es colocs gloussent quand j’arrive, sont laids d’être énervés que je vienne faire l’amour avec toi, ils savent sûrement beaucoup d’affaires sur moi, des infos disponibles sur mon compte Facebook, pas des infos que je t’ai données de vive voix, j’aime pas tant ça te parler, ta bouche est laide quand tu souries parce que je te dis quelque chose de personnel.

Là c’est le matin et tu commences à bouger parce que tu te réveilles tranquillement, j’attends que tu te réveilles pour te donner un bec sur le front pas sur la bouche, après tu vas me poser des questions en t’étirant, je vais te répondre que je n’ai pas faim, tu vas te retourner de l’autre côté encore à moitié endormie, je vais profiter un peu de la douceur de ton dos entre tes deux omoplates, sauf qu’il n’y a rien de spécial là-dedans, toutes les filles sont douces entre les deux omoplates, t’aimes ça quand je mets ma face là, c’est pour ça que dès que tu te réveilles tu te retournes pour me laisser mettre ma face là, je t’en suis reconnaissant.

Après avoir mis ma face entre tes omoplates, je vais m’en aller chez nous gosser dans mes affaires sans toi, c’est samedi, mais je te dis que je suis occupé quand même. Je vais te laisser me rappeler, parce que c’est l’hiver qui s’en vient et j’aime mieux être avec quelqu’un de tiède comme toi que tout seul pendant l’hiver, si tu joues l’indépendante, je vais te rappeler, ça me dérange pas, je suis pas stressé, c’est l’hiver et tu es tiède, c’est tout ce que je sais, aussi ton coloc fait de la photo, j’aime ça en parler avec lui ça m’aide à pas trop me concentrer sur toute la crème que tu crisses dans ton café sucré.

 Ma petite tiède

Je pense que je t’aime pas, mais tu vas trouver ça grave si je t’en parle, alors je t’en parle pas.

Photo : Christian Quezada

La reine de toute.

Je me promène en ville pis le monde est pressé comme du simili poulet, mais moi j’ai compris quelque chose attends je te raconte. Je trouve ça ben hot de penser qu’on cohabite ensemble monsieur madame tout le monde et que je vous connais pas, le monde, pis que tu me connais pas, le monde, pis que j’ai toute la vie devant moi pour te connaître, le monde, pis ça ben ça me rend gonflée, on dirait que mes pas sont plus légers, même si l’hiver approche pis qu’une madame où je travaille quand je lui ai apporté son assiette elle a dit : «Ouin ouin ouin, ils se sont pas forcés pour la présentation», je m’en sac’. Elle, elle se pense au Ritz peu importe où elle va, elle commande une quiche au poulet-céleri et elle aimerait que ça ressemble à un tartare de saumon espagnol, J’SUIS OK AVEC ÇA MOI, enfin quelqu’un qui se prend pas pour du balloney, on a trop tendance à se prendre pour du balloney, faut arrêter de se prendre pour du balloney. Après ça je lui ai servi un café à la madame et elle a m’a empêchée du regard de m’en aller parce qu’elle voulait tester (devant moi) si son café était assez chaud, mais aye j’avais peur qu’elle me le pitch dans face si y’était tiède, mais elle là, no way balloney hen, elle est carrément du gigot d’agneau elle je pense dans sa tête, tant mieux, c’est presque beau à voir, la reine est parmi nous, je suis toute en faveur de la monarchie, ce serait niaiseux de pas la laisser exercer son autorité suprême sur la température du café, rendue chez elle peut-être qu’elle a parlé de moi à ses conseillers royaux, moi ça m’a pris deux secondes la regarder grimacer elle a fini par dire : «Ouin ok, y’est correct», je suis retournée faire mes tâches de pauvre en arrière, je suis le peuple, la plèbe dans sa tête, c’est PARFAIT. J’ai ramassé sa tasse plus tard en soirée et j’suis allée dans le backstore l’embrasser un peu, d’un coup que ça me porte chance, aye je niaise pas avec ça, baiser papal/kiss-kisser la tasse d’une reine, même combat, elle elle sait pas qui je suis et elle me classe dans les gueux parce que je lui sers son café, je trouve ça cool parce que la même soirée, mon prof de math de secondaire 4-5 est venue prendre son REFILL à la caisse et elle m’a reconnue, je l’ai vue calculer dans sa tête l’âge que j’ai, ça pas pris deux secondes qu’elle a catché (4-36/5-36) que j’étais pas «sensée» être là, elle m’a fait un beau sourire quand même, plus tard encore dans cette soirée quand même cool pour un lundi, j’ai dit à ma collègue : «Moi je m’en fous, j’aime quand même ça passer le balais avec toi en ce moment.» Elle avait pas trop l’air de comprendre, mais pour moi ça voulait dire beaucoup, après ça mon boss m’a parlé de son chien chez le vétérinaire et j’ai ressenti de l’empathie, je pense que c’est rare ressentir autant d’émotions dans une journée alors je pense que c’était une belle journée, avec du beau monde et que pour une des rares fois dans ma vie, j’avais pas envie d’être ailleurs. Faut juste trouver un endroit au monde ousser que nous-mêmes on se sent des reines, mais des reines tout le temps, genre qu’on passe le balais comme des reines pis qu’on ressent de l’empathie envers notre peuple, un endroit ousser que le monde il t’invente des vies dans sa tête pis que tu t’en fous parce qu’après ça tu retournes chez vous pis t’as le cœur plein d’émotions que t’avais même pas pensé vivre cette journée-là.

La reine de toute

On va devenir un peuple de reines parce qu’on va accumuler une piastre par émotion ressentie.

Photo : Christian Quezada

T’ahire or not t’ahire … C’est une vraie question ris pas.

Je peux pas t’haïr parce que ça voudrait dire que je t’ai jamais vraiment connu et ça je le supporterais pas même si j’en ai ma petite idée, ouais en background, une petite idée dans le style petite voix intérieure que j’y fais des fuck you plus souvent qu’autrement.

Je peux pas t’haïr parce que ça voudrait dire que je te comprends pas, pourtant j’ai bien tout essayé pour y arriver, mais tu t’entêtes à rien m’expliquer, à te contredire, à m’enrager, à nous ignorer.

Quand t’étais là je voyais ta face au moins.

Tes yeux ont l’air d’avoir deux ans d’âge mental, je me disais que je m’étais trompée j’en ai toujours pour longtemps à m’en remettre de tes yeux de bébé. Semi-mouillés tout le temps je me disais que je t’émouvais, c’est un peu niaiseux, personne peut émouvoir un bébé.

Si je t’haïs ça veut dire que t’existes pas pour moi parce qu’haïr autant quelqu’un qu’on connaît c’est physiquement impossible.

J’y pense, j’ai aucune preuve que t’existes, aucune.

J’ai rien de toi dans mon quotidien en ce moment, j’ai même pas une trace de ton passage dans ma vie, j’ai même pas ma petite idée de ce que tu fais en ce moment et moi pourtant, je suis chez nous à peser le pour et les contres de te détester pour de bon.

J’ai même pas un cadre de toi, j’ai même pas ton numéro de cell, j’ai même pas un chapeau qui aurait pu t’appartenir qui traine en dessous d’une veste dans le fond de mon garde-robe, j’ai même pas un vieux bas à toi, encore moins un classique ti-shirt, y’a même pas un petit peu d’eau qui t’a touché qui reste dans le fond de mon bain y’a même pas un verre qui t’a goûté dans le fond de l’armoire, y’a même pas la poignée de porte qui t’a vu faire un aller-retour, y’a même pas ton vieux lypsil que je pourrais frencher, y’a même pas ton pied imprimé en quelque part dans d’la poussière, y’a même pas un livre dans ma bibliothèque qui me fait penser à toi, y’a rien de toi chez moi. Tu te ramassais comme le roi des bébés, tu voulais être certain de jamais rien oublier, même pas un mot gentil.

Moi je le sais que j’ai mal de toi, mais y’a rien sur moi qui puisse en témoigner. Je le sais que j’ai froid de toi, mais rien le prouve, OUIN LÀ KEKUN ME MANQUE, PRENDS MA TEMPÉRATURE TU VAS BEN VOIR (ça a pas rapport).
Ouch ouch ouch, j’suis barrée dans le dos, une absence prolongée me torture (c’est pas comme ça que ça fonctionne).

Pourtant t’es toujours là, je te jure t’es toujours là, moi je le sais.

Je me fais bardasser de tous bords tous côtés pis j’en redemande, comme tu m’as appris.

Au lieu de t’haïr toi c’est moi que j’haïs.

Photo : Christian Quezada

Saigner de l’âme dans les toilettes d’un bar.

Gossage, c’est du criss de gossage. Gossant gossage qui gosse, estique que ça a pas d’allure. Ma fille, si  t’es assez game pour texter un gars des affaires cochonnes dégueulasses pour le faire semi-bander à distance, je catch pas pourquoi t’es pas game de l’appeler pour lui dire : «Ben désolée, moi ce que je voulais, c’était être avec toi, toi, tu veux être avec moi une fois sur deux, too bad, je vais continuer ma vie de ce côté-ci et toi, de ce côté-là. On va devenir deux belles lignes perpendiculaires qui se sont croisées à une place, mais qui vont s’en aller chacun de leur bord à’c’t’heure.»

Parce qu’avoir un petit peu de quelqu’un, c’est mieux que de pas avoir de quelqu’un du tout? Ouash, il s’est perdu où ton orgueil, ma chouette? C’est quand que tu t’es dit : «Moi, des miettes, ça me va. J’aime mieux des miettes que rien pentoute. De plus, c’est exactement cela que je mérite.» PIS LA ON PARLE PAS DE FAMINE OK. Je parle de relations interpersonnelles entre homme et femme et femme et homme et femme-femme-homme et homme-femme-homme, je m’en torche, l’orgueil en prend un coup ces temps-ci avec les messages textes de marde que les gens s’envoient ça a pas d’allure. Je pense à toutes ces fois où j’ai tenu mon cellulaire dans mes mains en le touchant un peu pour le voir s’allumer sur ce qui aurait pu être une petite enveloppe dans le coin supérieur gauche de l’écran ou toutes ces fois où je l’ai senti vibrer (je le sentais vraiment) mais que NOOOOOOOP. Nada. Et ma mère qui me disait : «Mais il est gentil avec toi, lui ?» (Ouais pourquoi ?) «Ben il est où en ce moment ? Je comprends pas comment j’ai pu te montrer à marcher pis à parler pis à avoir une bonne hygiène pour que finalement, tout ça te serve à attendre un message texte qui viendra pas parce que y’est pas là ton dude pis que si y voulait être là, il serait là. Prends sur toi, va jouer dehors, oublie ton cell, joue du violon whatever j’sais pas, si t’as trop de temps libres, trouve-toi une deuxième job, j’en reviens pas que je t’ai montré à bien t’entendre avec ton frère, à faire des compromis, à partager pis que j’ai pris de mon temps pour jouer au jeu de mémoire avec vous autres pis que toutes ces skillz là que t’as, te servent à attendre un message texte ou un appel de j’sais-pas-qui qui t’a fait j’sais-pas-quoi j’sais-pas-où, mais je me doute que c’était pas gracieux. Y’a aucune mère qui a élevé son enfant en espérant un jour pouvoir souper avec lui pis son cell. Y’a aucune mère qui a élevé sa fille en espérant qu’un jour elle se fasse bagner une fois par mois dans le noir vers 3-4 heures du matin par un gars qui semi-bande parce qu’il est trop saoul pour faire l’amour à sa fille. Y’a aucune mère qui élève son gars en espérant qu’il appelle une fille vers 2-3 heures du matin pour la bagner dans le noir semi-bandé.»

L’autre jour, j’étais dans un bar, dans les toilettes d’un bar, pis je me lavais les mains. Relaxe, j’ai pas fait chier personne. Deux filles discutaient entre elles, je les ai pas fait chier. Une des deux filles a quitté, l’autre s’est retournée vers moi, elle m’a lancé : «Toi, t’en as-tu des problèmes avec les gars?» Yo, moi j’l’avais pas fait chier. AYE NON MAIS A VOULAIT DONC BEN EN PARLER. Ton jardin secret y’est en jachère à grandeur ces temps-ci ma belle? Sérieux ok j’exagère ça me dérange pas tant que ça de jaser avec une fille dans les toilettes d’un bar de ses problèmes de gars, moi too quand j’avais 16 ans un moment donné je me suis enfermée avec une de mes meilleures amies dans une toilette pour parler de mon petit ex que j’aimais encore pis elle avait les yeux pleins d’eau à m’écouter, on s’est serrées dans nos bras, c’était vraiment un beau moment, si je me concentre je me souviens de ce qu’on portait, presque. Je me dis que peut-être cette fille-là elle a pas de meilleure amie pis 16 ans ou 22 t’sais ça change quoi, y’a pas vraiment d’âge pour brailler dans les toilettes, pis t’sais qu’on soit dans une maison ou un bar en tant que tel, ça fait pas full de différence, anéwé elle était saoule, ça excuse tout. (Ici cessera le sarcasme) Elle ne connaît pas mon nom et elle me demande ce qui se passe de bon dans ma vie sexuelleslashamoureuseslashpersonnelle. C’est correct, tout le monde fait ça. La seule affaire triste, c’est que c’est correct, tout le monde fait ça.

Je lui ai demandé pourquoi elle s’acharnait, elle avait l’air stressé, elle avait l’air déçu, ça avait pas l’air d’en valoir la peine. Elle m’a répondu: «Il est trop sexy.» J’ai saigné dans mon cœur de femme, j’ai saigné à la grandeur de mon âme de femme qui peut voter que la sexiness d’un boy te fasse ramper comme une petite larve écrasée en dessous de son soulier sexy. J’ai saigné des yeux parce que c’était très laid de te voir dire ça et j’ai saigné du nez quand tu m’as accusée d’avoir un chum. Oui, tu m’as accusée tu as dit : «On sait ben, toi, tu dois avoir un chum.» Tu m’as accusée d’avoir un chum comme on accuse quelqu’un d’avoir un diplôme. Tu m’as accusée comme on accuse quelqu’un de parler anglais, on sait ben toi, avec ton anglais, tu vas l’avoir la job. Tu m’as accusée d’être bien dans ma peau parce que j’avais un chum. Tu m’as retournée de bord parce que je voulais pas te plaindre ni t’encourager à t’enfoncer. Tu as pris pour acquis que si je trouvais ça niaiseux tes épanchements sentimentaux, c’est que j’en avais pas, parce que quelqu’un m’attendait chez nous pour me flatter les cheveux. Je catche, la solitude c’est envahissant, dure à gérer, paralysant, angoissant à mort, mais ma maudite, tu as pris pour acquis que si j’étais capable de stand up, c’est parce que y’avait un gars caché en quelque part derrière moi qui faisait genre bouger mes bras, une sorte de pantin vivant avec un beau marionnettiste (sexy) en arrière qui attendait juste que je présente une petite faille dans mon estime personnelle pour ressurgir à mes côtés pour me rassurer en me disant que j’suis belle parce que sinon j’en aurais aucune idée ou quoi?

Ma maudite je sais pas ce qui me fait le plus de peine. Je voudrais tellement que tu réalises que le regard d’un homme sur tes boules, c’est pas tout dans la vie. C’est sûr que d’être dans une équipe, ça aide au moral, on s’associe à quelque chose, à quelqu’un, quand ça nous tente pas de nous lever pour aller se chercher du yogourt en écoutant un film ben des fois lui ça lui tente, c’est cool, partage des tâches domestiques. Là où tu me perds, c’est quand tu prends ta face de fille désolée pis que tu te demandes pourquoi ça me tente pas de te parler avec qui je couche en prenant pour acquis que c’est parce qu’il va me battre si je le fais ou j’sais-pas-trop quelle niaiserie de même. J’aimerais savoir c’est quand est-ce que tu t’es dit que pour être stable, tranquille, rationnelle, fallait que quelqu’un te flatte le dos? Faut vraiment apprendre à se trouver cool.  C’est pas facile, y’a des journées où c’est l’enfer pis t’as vraiment besoin que quelqu’un que tu estimes te dise de pas lâcher, t’as envie de te confier, de t’effondrer dans les bras de quelqu’un, mais continue, un moment donné tu vas y croire, pis tu vas vouloir plus que des miettes, je te le jure, pis à ce moment-là, toi aussi ça va t’insulter que quelqu’un t’accuses de pas y être arrivée toute seule.

Saigner de l'âme dans les toilettes d'un bar

Tu t’ennuies quand tu es entourée et tu t’ennuies quand tu es toute seule, trouve-toi des qualités je vais te dire, ça aide.

Photo : Christian Quezada

✓Vu

Titi et Billy sont des meilleurs amis, colocataires dans la vingtaine. Ils discutent ensemble sur une situation en cours. Ils ne se prennent pas au sérieux, mais ne rient pas. Ils partagent une très grande complicité.  Billy est un jeune homme énergique, sans être exubérant. Titi est très calme et beaucoup plus intéressé que ce que son texte ne laisse croire. Suggestion de mise en scène : l’écran d’ordinateur est projeté sur le mur du fond.

 

Billy :

«Salut Pierre-Yves,

Je suis dans ton cours de management (du moins, j’espère que c’est toi parce qu’on ne te voit pas sur les photos, mais j’ai pris un guess parce que les autres Pierre-Yves Malo sur Facebook n’ont pas ta face).

Je voulais te dire que je te trouve exceptionnellement beau, mais je suis trop gêné pour le faire devant vous, ta face et toi. Tes cheveux sont parfaits aussi et ton sourire est charmant.

En tout cas, ça fait du bien de te regarder dans le cours. Ce qui risque d’arriver de pire avec ce message, c’est que je sois trop gêné pour aller au cours lundi prochain, rien de bien méchant pour toi.

Voilà, c’est tout. J’espère bien que ça te fera un petit velours.»

 

Titi
C’est tout ?

Billy
Ouais. Je peux lui dire d’autres qualités aussi, ça me dérange pas, ça me fait plaisir, il avait des nouvelles lunettes lundi dernier, je peux lui dire qu’elles lui vont bien, ok oui bonne idée, je vais faire ça.

Titi
Non là arrête de le flatter.

Billy
Ça me fait plaisir, il a l’air doux comme un minou. Ah c’est trop stressant, ma vie va tellement mal.

Titi
Ok, laisse faire, j’ai une langue morte à apprendre.

Billy concentré sur l’écran d’ordinateur
Moi, je suis vivant, fuck le latin.

 Titi va pour quitter la pièce.

Billy
OH MON DIEU J’AI FAIT ENTER, SEND. Oh j’en reviens pas, pourquoi j’ai fait ça. Oh sibole. Oh non non non. Bouge pas, je vais chercher un couteau, suicide assisté, moi j’ai peur que ça fasse mal, mais toi tu m’haïs un peu chaque jour, rassemble tout ça pis concentre-toi, ma famille t’en voudra pas, je vais laisser une lettre, je vais faire un vidéo qui va prouver que t’es innocent.

 Titi
Rien va prouver que je t’ai pas mis un gun sur la tempe pour que tu fasses ce vidéo là.

Billy crie à partir de l’autre pièce
Je vais le dire ! je vais te filmer toi aussi, au complet sans gun dans les mains, t’iras pas en prison, je te le jure, ma mère est vraiment compréhensive !

Titi
Pourquoi tu veux mourir déjà ?

Billy
Actualise la page. D’un coup qui m’a répondu avec ses belles mains.

Billy revient, un couteau de cuisine et une petit caméra-photo dans les mains, regarde l’écran.

 Billy
Ouash ! il m’haït pis on se connaît même pas… Ça a pas d’allure !

Titi allait quitter la pièce, revient sur ses pas.

Titi
Y’a répondu ?

Billy
Non ! Ayoye… Je vaux de l’indifférence Ouch ! Mon message pis moi on vaut même pas un ✓Vu.

Titi
Tu te souviens quand t’as failli te faire mettre dehors d’un bar parce que t’avais traité un portier de pas d’allure. En arrivant, il t’avait chargé trois dollars pour mettre ton manteau au vestiaire, tu lui avais dit que ça n’avait pas d’allure.  Toute la soirée il te provoquait. Tu disais : «Voyons ! qu’est-ce que je t’ai fait !» Un moment donné, il a répondu : il imite un gorille «Ben là ! Tu me traites de pas d’allure !» Il chignait comme si t’avais cassé une de ses bébelles. Il voit que Billy ne l’écoute pas Y’est peut-être au cinéma ton P-Y prononcé Pi-Ouaille.

Billy
Ouash! Au cinéma ? Je trippe sur un gars qui connaît pas le download. Salut, Napster ! Estique, je trippe sur un gars qui vit encore en ’98. J’allais lui donner mon numéro de cell pis lui allait me refiler son numéro de pagette genre? Je capote sur un arriéré. En même temps, c’est cute, je pourrais lui apprendre c’est quoi un Torrent. En tout cas, il va bien s’entendre avec Papi. Depuis que Mamie est morte, il aime ça aller aux vues, ça le détend, qui dit. Oh, Pierre-Yves, t’es full stressé. J’aurais du te dire que moi aussi je fais de l’anxiété, on se serait compris.

Titi a saisi la caméra-photo que Billy avait apportée et prend des photos de tout et de rien, sans écouter les plaintes de son ami.

C’est pas MON P-Y hen… Dis pas ça à personne. Même pas ta sœur… On n’a pas encore la permission de l’appeler P-Y. Quand quelqu’un sait pas notre nom, on peut pas lui donner un surnom. Peut-être que P-Y, c’est le surnom qu’il haït le plus au monde, genre que sa mère l’appelait P-Y pis qu’est morte. Ayoye Titi t’as pas d’allure, réfléchis donc avant de parler.

Titi
Pourquoi j’endure ça, moi déjà ?

Billy
Coudonc, tu veux que je reste célibataire toute ma vie, tu veux me garder pour toi, c’est ça ? Tu t’en fous, je pourrais m’évanouir de stress et tu me contournerais pour aller te prendre une Pale Ale dans le Frigidaire. C’est ça mon coloc, je l’ai choisi mon coloc, il m’haït mon coloc. Moi, je m’en souviens de quand Alex t’a laissé, j’ai rien dit, j’étais smatt comme tout’, je te faisais des crêpes à tous les matins, je te consolais, je te conseillais.

Titi
Tu m’as fait des crêpes une fois.

Billy
Si je te l’avais pas fait pensé, tu te serais pas lavé pendant deux semaines.

Titi
Tu sais pas, toi.

Billy
Ben disons juste que je l’ai deviné assez vite.

Titi
Sais-tu quoi, le smatt ?

Billy
Tu nous fais du saumon pour souper ?

Titi
You wish. Actualise, ça fait cinq minutes.

Billy
Ah, oui, j’avoue. Oh mon Dieu, c’est stressant, j’ai plus de salive. C’est ma tournée, verre d’eau pour tout le monde !

Billy va pour quitter la pièce. Titi s’avance vers l’ordinateur.

Billy
Touche… à … rien… t’es malchanceux en amour, je veux pas que tu me portes la poisse. Do not touch, keep away, warning, DANGER.

Titi
Désolée, le Burger King des relations interpersonnelles, mais tu trouveras quelqu’un que ça intéresse ton histoire poche avec quelqu’un qui sait pas ton nom.

Billy Il sait presque mon nom. Un moment donné, je buvais à l’abreuvoir et il attendait derrière moi et il m’a dit d’en laisser pour les poissons.

Titi
T’avais un gilet de hockey et ton nom était écrit dans ton dos ?

Billy
… Après ça on a parlé du cours et il a dit qu’il trouvait madame Beaulieu stuck up, parce qu’il était arrivé en retard pis elle l’avait regardé vraiment croche. Après ça y’a dit… nanana dans l’oral mardi passé… nanana t’étais l’homme de la situation. En tout cas, c’est pas parce que personne te court après, que les gars sont tous des crosse-mous !

Se lève pour quitter, Billy se jette à ses pieds, le supplie.

Billy
Je m’excuse, je suis stressé, j’ai envoyé des qualités à un inconnu, je mérite tout ton mépris, mais pas maintenant. Pas aujourd’hui, haïs-moi demain, ou trois jours après qu’il m’ait répondu qu’il m’aime pas.

Titi
Trois jours ?

Billy
Ben la première journée t’y penses toujours, ça tourne en boucle dans la tête, la deuxième journée t’y penses juste quand t’as rien à faire, la troisième journée tu te dis que tu devrais réattaquer, mais tu le fais pas, alors la quatrième journée, t’es correct.

Titi
Ah ! t’es vraiment gai.

Billy
Toi t’es gai !

Titi
Ben moins que toi ! Imite Billy comme une petite fille «Oh mon Dieu, P-Y, mon amour, message Facebook, je veux mourir de stress dans tes bras».

Billy
Ça va, l’exagération ? Un petit (1) apparaît au mur sur la boîte de réception de Billy OH MON DIEU IL M’A RÉPONDU ! OH MON DIEU JE SUIS TROP STRESSÉ JE PEUX PAS REGARDER TITI REGARDE, TOI. T’ES MOINS GAI QUE MOI S’IL-TE-PLAÎT MOI JE VAIS ME SUICIDER.

Titi et Billy crient de joie.

Titi s’avance vers l’écran, lit.

Titi
Il en vaut pas la peine…

Billy
C’est méchant ?

Titi
Sais-tu quoi ? Je te paie une pinte de Pale Ale.

Billy
C’est tu méchant ?

Titi
C’est lui qui devrait pas aller au cours, lundi, toi t’es parfait. Aller, viens. J’ai inventé une comptine, ça s’intitule : Les inconnus méritent pas qu’on leur dise des qualités.

Billy
Supprime le message, s’il-te-plaît.

Titi
Déjà fait.

Message projeté : Salut Billy, sérieux, tue-toi.

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Crédits photo : Joëlle G.

 

Tu suis.

 

Je suis le doute quand ton père te dit non. Je suis le snooze de ton réveil-matin. Je suis l’allée numéro huit de ton épicerie, je ne suis jamais seul et je sais que tu viens tous les mardis seulement pour lorgner mes rayons. Je suis la fenêtre du troisième étage de l’aile C. Hier tu es venue, même si le jour était mercredi. Une défaite, tu avais besoin d’une défaite plus que de moi. J’ai vu les plaques dans ton cou, pas ton sourire. Ce n’est pas nouveau, je préfère t’ignorer, c’est tout. Continue de battre les œufs, tu finiras peut-être par faire une omelette. Habituellement on se voit le jeudi quand tu as trop bu, je te le répète, nous n’étions que mercredi. Je suis ta fin de semaine, ton cellulaire, ton oreiller. Je suis les champs que tu as éclaboussés de tes premières menstruations. Et tu me chantes des chansons. Et tu chantes mal, mon poussin. Oui, tais-toi… Tu te demandes si j’ai déjà raconté tout cela. Tu n’oseras jamais me questionner sur ce que je dis de toi. Je ne parle pas de nous. Je suis ta crème pour le corps. Je suis le soleil, le dimanche et la pluie le mardi. Je suis le chat que tu flattes en pensant à deux filles qui s’embrassent. Je suis le chandail bleu que tu ne veux plus porter. Je ne serai jamais là pour toi. Tu continues de me dire bonne nuit, pauvre toi. Je ne t’ai jamais vue. Je n’ai jamais remarqué tes grains de beauté. Ainsi, je ne serai jamais désolation. Pleures-tu ? Non, s’il-te-plaît pas ça, souris-moi comme tu sais que j’aime. Ah merci. Je suis la satisfaction. Et tu recommences. Sache, petite fleur, a beau mentir qui viens en toi. Je te jure : le vendredi soir, je suis ton mal de tête. Je suis en formation. En gestation, en strangulation. J’ai jadis été l’aiguille qui t’a percé le nombril. Et la nappe sur laquelle tu échappais ton verre de lait. Petite insouciante. Ta mère avait raison. Assez parler d’elle, moi maintenant. Je suis l’angulosité et le genou. Le samedi matin, je suis l’heure à laquelle tu dois te réveiller. Ton pantalon, celui que tu affectionnais tant, c’est ma faute s’il est rendu trop étroit. Je suis Noël et les vacances qui vont avec. Surprise ! Non, je ne suis pas l’Église. Chut, arrête avec ces images. Ah non, c’était dans ma tête, toi tu ne parles jamais. Tu jouis.

 

Tu suis.

Beau vagin.

Photo : Christian Quezada