Ma Querelle

Ma querelle, c'est aussi la querelle de tout le monde (pas tout le monde sur la terre, j'sais ben, j'pas épaisse).

Catégorie : Tremolo

Dormir dans mon chest.

On est assis à terre dans ton salon pis les deux on tète un thé à la menthe froid. Tout ce que je m’imagine, c’est de te peser tellement fort sur la tête qu’a rentre dans tes épaules. Tes bras se rejoignent en avant pour en former qu’un seul. Très étroit. Tes jambes rétractables te serviraient fin et elles seraient toujours rétractées à partir de ce moment-là dans tes très petites fesses. Tu ramollirais de tout le reste, je te malaxerais un peu et tu deviendrais une belle boule de pâte à modeler. Verte.

Après ça, parce que oui y’a une suite à ça, j’irais dans ton tiroir à ustensiles bizarres prendre ton couteau à pizza avec lequel personne coupe jamais sa pizza sauf toi. Je m’ouvrirais le thorax avec. Une belle longue ligne entre mes deux seins. Ma poitrine un peppéroni géant, coupé sur la longueur chaque partie aurait un poumon tout le monde continuerait de respirer, pas de panique la gang, tout est sous contrôle.  Je suis une professionnelle. Je crisserais la belle grosse pâte à modeler bien au chaud entre mes deux poumons sûrement roses vue que je fume pu depuis genre début janvier. Rose et vert les couleurs complémentaires qui font mon affaire.

Au début tu réagirais sûrement mal, je comprends l’affaire de tout le déplacement pendant que toi, t’avais juste prévu boire un thé chez vous relaxe ce soir là, quelques inconforts de plus ou de moins au point où on en est, c’est juste un peu de flafla dans ta jupe à crinoline. C’est dans ta nature de mal réagir anyway ça me brusque pas et je peux pas vraiment faire semblant qu’un peu d’orgueil dans ces moments là ça arrive pas, même aux meilleurs, en pleine transformation de ce qu’on a d’humain le plus profond en plaxmol par une ambulancière en talons qui fait juste se frotter le bout des shoes sur le tapis d’entrée vite vite avant de venir tout cochonner de tes plans initiaux. Devenir un mur. Très beige, très long, très invisible, j’ai compris, mais ça m’intéresse pas. Wwwwwweeeeeeoonnnnn je suis arrivée héhé frotte frotte les souliers, j’ai d’autres plans pour toi, embarque dans mon plexus solaire on regardera pus jamais en arrière.

Je refermerais ma cage thoracique avec des fils de spaghetti juste parce que t’aimes ça pis tu verrais que je sais que c’est temporaire, hello on se tresse pas une prison en pâtes tu le sais comme moi. À partir de là, t’aurais juste à te faire promener un peu partout dans la ville. Faire un beau dodo dans le portage nouveau genre on va faire fermer la boéte à ceux qui trouveront ça bizarre que t’aies plus que genre un an. Tayeule, tu traines ton bébé parce qu’y peut pas marcher? Bon ben je traine mon bébé parce qu’y peut pus marcher. Continue ton chemin mauvaise savante. Fais un beau dodo au son de moi qui passe une commande au café, je vais te donner un peu de scône au travers des spaghettis t’aimes ça les scônes tu te rendormiras après.

Tu dis j’ai pu d’amis j’ai pu de projets chu rien chu pas beau rien fonctionne. Je me dis ces mêmes choses là sauf le bout que je suis pas belle parce que ça je le sais que je le suis ma coiffeuse me le dit tout le temps en téka la différence c’est surtout que mon cerveau à moi est plus calme de ce temps-citte, il a pas envie de se sacrer à off tout le temps, c’est ma chance en ce moment. Je vais te faire profiter de ma chance, de mon cœur gonflé, de mes jambes solides. C’est la roue de fortune sans le bout de hasard. Ta tête va moins s’envoler partout où au moins elle va savoir où atterrir où revenir pis à qui dire bonne nuit.

Pour être honnête je vois ça comme si on était l’été, qui faisait 40 degrés dehors à l’ombre pis que j’avais une piscine pis pas toi. Ça me fait plaisir. Ça fait quelqu’un à qui parler qui écoute pas vraiment tes niaiseries, mais aussi un maudit bon public pour voir lesquelles de mes jokes pogneraient le mieux si j’étais Cathy Gauthier au Théâtre St-Denis. Ces temps-ci quand tu ris une de mes blagues j’ai l’impression d’être l’affaire la plus drôle au monde genre Beyonce clown en 2009 quand on l’écoutait sur repeat dans le local étudiant sur l’ordi de la personne full techno qui prenait ses notes de cours à l’ordi. J’aime ça partager ma piscine avec toi même si t’es pas vraiment du genre batchettes ces temps-ci. On est pas obligés de toujours faire des batchettes. Les batchettes me dérangent pas. Arrêtons de parler de batchettes. Ok je le dis quand même une dernière fois; batchette. Voilà c’est dit. Je sais que tu te dis que tout le monde t’invite à te baigner par pitié, mais moi je vois ça plus comme qu’on sait c’est quoi pogner des bouillons tout seul dans son bain pis on aime mieux être là mettons quand tu vas te mettre à caler dans le pas creux parce que tu trouves pu les marches qui sont dans ta face. En néons. Roses. On est dans une piscine disco du futur. T’adorerais ça. Sauf que là, t’es pas équipé pour reconnaître les beaux néons. Chu pas frue que tu remarques pas les beaux néons dans ma piscine imaginaire, mais je veux jamais que tu penses que pu jamais ça va t’intéresser, ces affaires-là. Ça va revenir. Le goût des aliments aussi. L’énergie.

Accorde-toi le droit pour le moment d’être un spectateur fatigué. Endors-toi dans la première rangée pis ronfle à t’en fendre la glotte. Deviens ton chat, attends que la vie passe en la regardant par la fenêtre. Mange, marche, dors, recommence. Les saisons vont passer date, mais toi jamais. Sans t’en rendre compte, t’apprends pareil. Tu vas vieillir vite dans les prochaines semaines, mais ça veut pas dire que tu seras pu jamais capable d’être émerveillé.

 

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Pour ta peur de devenir paresseux de la pensée, fais-moi confiance pour te buter dans les côtes si ça arrive. Deal?

Ma citrouille décôliquée.

L’autre jour, ta mère parlait de ton enfance pis j’écoutais juste à moitié. J’étais vraiment bonne pour faire semblant que ça m’intéressait. Dans l’autre pièce, y’avait une émission de cuisine que je trouvais vraiment intéressante. Poêler des patates, avec du thym. J’aurais aimé mieux qu’on regarde la télé tout le monde ensemble. Tranquilles. Pu parler. Je me suis imaginée faire mute sur la situation et j’ai ri toute seule. C’tait parfait, ça concordait avec une histoire de balançoire de laquelle tu tombais, nice, je te dis, vraiment bonne pour faire semblant que je suivais la game. Dans l’auto en revenant, je me sentais comme c’te fois-là, quand j’avais peut-être six ans et que ma citrouille décorative sur le balcon s’était faite décôliquer par des vandales pendant la nuit. Je la regardais par la fenêtre, impuissante. Le mal était fait. Ça arrive même sur les petites rues tranquilles. Ça nous arrive même à nous. Je l’ai pas vu venir et ça sert à rien de se demander si on aurait pu faire quelque chose pour éviter ça.
Ces temps-ci j’ai la face sèche, mais les cheveux gras. Rien m’intéresse, j’suis lasse, je suis sur le pilote automatique, des fois je ris, c’est le fun, après ça j’arrête de rire, mais je m’en fous.
Je suis pas nostalgique de d’autres années passées avec toi. Tu me dégoutes pas non plus, tu me déranges juste pas. C’est justement ça je pense, tu me déranges pas pentoute. T’es comme un sandwich, pour moi. On crave pas un sandwich, tu comprends. Je juge pas ceux qui le font, c’est juste pas mon crave, les sandwichs. Sauf si j’ai vraiment faim mettons. Je me souviens plus trop c’est quoi l’amour avec toi. C’est flou. La seule affaire qui me vient en tête quand je pense à toi, c’est que t’as cette manie de toujours dire « je t’ai appelé au téléphone ». Ça, c’est pas mal next level gossant. En tant que tel, on s’en fout, tout le monde descend en bas pis monte en haut, c’est un pléonasme comme un autre, mais téléphoner au téléphone, ça m’écoeure. Je sais pas si c’est parce que ça vient de toi.
Des fois je t’imagine faire des affaires vraiment hot, genre monter l’Everest ok, pis je me teste, je me demande ce que ça me fait. Si ça me fait quelque chose. Si je suis fière, si ça me donne envie de quelque chose, si toi qui montes l’Everest fait quelque chose dans mon ventre. La plupart du temps; non. L’Everest c’est juste un exemple de même j’ai plein d’autres exemples. Je m’imagine qu’on fait une tarte, qu’on écrit un poème, qu’on part en voyage, mais ça me chatouille de nulle part. D’autres fois je t’imagine embrasser quelqu’un d’autre pis là je me dis ouach j’en reviens pas. Mais ça a rien à voir avec toi, c’est juste un petit trip d’ego t’sais je supporterais pas que tu embrasses quelqu’un d’autre, mais je supporte très bien jamais rien te conter de mes journées, rien te dire de mes trouvailles, t’ignorer semi quand je te croise chez nous, pas t’avertir quand mes plans changent pis faire semblant que c’est toi qui comprends rien. Moi non plus j’aime pas ça nous voir quand je me mets à nous regarder, on est dans la même pièce, mais pu jamais ensemble. Tu parles de raviver la flamme, mais ça fait rien résonner dans moi et j’ai de la difficulté à croire que tu penses réellement qu’il reste quelque chose à raviver, je me demande si tu dis ces choses-là par réflexe, parce qu’on est censé vouloir sauver les meubles, parce qu’on est supposés y tenir plus que tout. Mon couple mon phare. Je sais pas. On est morts pis j’arrive pas à trouver ça triste.
Je pensais que si notre amour mourrait, ce serait parce que je serais dans une bulle weird dans laquelle je te trouverais laid ou bedon moins cool que moi, une mauvaise passe, rien de valable. Même pas. Je me suis rendu compte que je me forçais à te trouver donc ben spécial. Un peu comme j’adoucis mon look avant une réunion de famille. Par habitude, par paresse aussi. Par respect peut-être. J’essaie de me parler, m’arranger pour que notre fin arrive pas, mais c’est forcé. Quand tu touches mon sein, le soir, dans le lit. C’est comme si t’ouvrais une porte d’armoire, dans une maison à 200 km de moi. T’as peut-être l’impression que tu vas trouver quelque chose, mais si oui j’ai aucun rapport là-dedans. Quand je te regarde, j’ai l’impression de regarder une pancarte de maison à vendre. Je connais pas ces gens-là, mais je leur souhaite quand même de vendre leur maison, que tout se passe bien, qu’ils trouvent ce qu’ils cherchent comme ça; empathie prévisible.
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J’ai peur des fins comme toi.

Rien à me maudire pour.

Mon père en background me parle de son cousin que j’ai jamais connu, me parle de ses qualités et de leurs moments ensemble. Des affaires basic rien de trop fou. Deux enfants. Une enfance. Heureuse, c’est pas rien. Mon père parle pas de ses morts d’habitude. Il doit en avoir besoin. J’ai jamais connu Alain, je peux même pas me l’imaginer. Je le connaitrai jamais, y’est mort quand je suis née, Alain. Mon père a pas l’air triste, c’est révolu, c’est correct, il l’a bien aimé, il a rien à se maudire pour. Je me dis que je connaîtrai jamais Alain le cousin. Il a fait parti de la vie de mon père pendant au moins vingt-huit ans, c’est plus vieux que moi. Alain est pu là. Le feeling est weird, je réalise que je connaitrai jamais mon père au complet, peu importe nos efforts pour.

Pendant qu’il me raconte leurs folies de jeunesse que je suis pas obligée d’écouter parce qu’il se les raconte plus pour lui-même, plus pour se prouver qu’il s’en souvient encore que pour mes partager. Pendant cette souvenance pas prévue au bord de la mer, je pense à tous ces soupers d’hiver où tu venais te réfugier chez nous. Je dis hiver, mais ça embarque l’automne, je pense à ces temps froids partagés ensemble, juste pour pas être deux tous seuls chacun chez nous dans le froid qui s’immisce pis qui finit par s’installer en véritable sujet de conversation. Je faisais à souper à nos grands appétits insatiables, on se bourrait on fumait on buvait on écoutait des vidéos niaiseux sur Internet on se réjouissait du bonheur des autres on s’encourageait à avoir moins froid je callais la fin de la soirée je te regardais remettre tes milliers d’épaisseurs on se tapait dans la main on se disait let’s gow y’en reste pas grow on attendait quoi je sais pas mais on contait toujours les dodos vers autre chose de plus grand de plus mieux de plus plus je sais pas quoi mais on était souvent stand by c’est correct de l’être on se disait on est stand by pis un moment donné on le sera pu on a jamais été du genre à se tapper sur la tête d’être stand by.

C’est pas quelque chose qui me dérange de repenser à ces moments-là où j’allais m’évacher sur ton divan pour que tu me rappelles comment je m’appelle les jours où mon nom me sonnait faux à l’oreille. Tu callais la fin de soirée tu me regardais m’habiller pendant quatre heures rhabiller son coeur ça prenait du temps après l’avoir laissé sortir jouer avec des tous croches qui y avaient pas fait attention. Le iPod din oreilles je marchais la tête baissée le vent dans le ponpon d’la tuque pis des fois à la fin de la marche j’avais moins froid je relevais un peu la tête. Rendue chez nous je te textais que je nous trouvais bonnes par rapport l’hiver on se disait qu’on allait passer au travers. Pis sans vouloir voler de punch, ben ça a fini par arriver, mais en attendant ce moment-là je t’attendais j’allumais des chandelles on buvait dans des coupes ou direct à la bouteille (on a jamais été regardantes sur le récipient qui nous aidait dans nos simili-débauches), on allait au Sporting Club se faire payer des shooters de Bec-Jameson ouais ça veut juste dire qu’on prend un shot pis qu’on se donne un bec on était-tu mieux avec ça je pense pas, on était moins mal peut-être on s’occupait l’esprit en tout cas ça fait drôle à raconter pis ça passe le temps. Raconte-lui l’affaire des Bec-Jameson! ah oui ça c’est bon! il me dit Viens je te paie un shooter de Bec-Jameson je dis c’est quoi ça c’est-tu qu’on prend un shot pis qu’on se donne un bec il me regarde il me fait un clin d’oeil j’étais comme ayoye il est fucké c’est nice, je suis fuckée moi too faque sûrement qu’on va se marier.

On s’est encore jamais marié, pis c’est pas grave criss non c’est pas grave c’est juste que là c’est comme si j’allais toujours éternuer de bonheur, parce que j’ai fourré mon grand nez de grande fouine où il fallait pas, mais finalement ça se passe bien j’ai été fouiner ailleurs pis j’ai envie d’aller passer l’hiver là pour voir si mon coeur peut s’enlever des couches de ses couches de ses couches même s’il est habitué à être refroidi par tout on dirait que là il veut se gonfler il se sent moins niaiseux il se sent fraischier lol mon coeur se sent fraischier lol c’est vrai. Sauf que je me retiens parce que tu me regardes pis que ce sourire-là je le reconnais, c’est un sourire d’être contente pour l’autre faque je retiens mon éternuement de bonheur, même si t’es vraiment bonne pour être contente à la place des autres je le sais on s’est pratiqué ensemble tellement longtemps je le sais que ça fait plaisir pour vrai, je le sais que le contentement arrive vraiment un peu entre deux wow c’est donc ben hot! Wow!

J’aimerais ça t’amener tu comprends j’aimerais ça si y’avait de la place pour nous deux dans mon petit ballon qui s’envole des Bec-Jameson. Mais on dirait que j’ai envie de me faire des petites souvenances d’enfance heureuse de mon bord. Des affaires basic, rien de trop fou. Rien qui pourrait t’intéresser vraiment si je te les contais en regardant vers l’horizon; un petit paquet de souvenances heureuses avant que ça meurt comme le cousin Alain. Je veux prendre le temps de bien aimer pour avoir rien à me maudire pour. Je sais que tu comprends, mais des dois entre comprendre pis accepter y’a deux océans glés par trop d’hivers au Sporting.

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T’es encore la seule avec qui j’apprécie regarder Catfish sur MTV. Et que je laisse fumer en-dedans. Des affaires de vraies chums t’sais.

Crédits photo : Christian Quezada

Qu’on se désole (encore ouin).

Salut!
Excuse de pas t’avoir redonné des nouvelles plus tôt. J’ai juste décidé de m’en aller de l’appart, de même, sur un coup de tête. J’ai envie qu’il s’endette en payant nos deux parts faque je dors sur le divan chez Vince. Il va pas vraiment s’endetter, parce qu’il veut sous-louer pis qu’un de ses amis va sûrement le prendre même dès la semaine prochaine, sauf qu’au début, c’est vraiment ça que je me suis dit. Comme s’il allait faire : «Ah non, pas m’endetter! Je t’aime finalement.» Tout se passe tellement vite ça a pas de bon sens. Ça fait déjà presque un mois que c’est fini. Ça a pas rapport, mais je suis tout le temps vraiment nerveuse pis là je viens d’accrocher ma tasse en me grattant l’oreille, elle a failli tomber pis j’ai fait le saut estique comme si quelqu’un était entré chez nous avec un batte de base. Woup. C’est fucké de dormir sur le divan chez Vince. Je me réveille pis il fait toujours un peu humide dans son appart, mais sa bonne humeur me fait plaisir pis il prend soin de moi ben il prend soin de moi comme Vince peut prendre soin de quelqu’un là. On fume pas mal de clopes pis je me suis mise à boire du gin. Mais je fais semblant que j’ai toujours bu du gin. Je fais semblant de plein d’affaires ces temps-ci.

Tout le monde est tellement smatte avec moi, tout le monde me fait la petite bouche de genre : «Oh criss! Je suis donc ben désolé» en hochant la tête pis me demande s’il peut faire de quoi pour m’aider. À date, on m’a offert huit divans pis deux lits. J’ai pas pris les lits parce que c’était genre des collègues de travail, mais quand même, deux lits, c’est hot.

Sinon dans l’ensemble je suis sur une bonne lancée parce que je mange rien faque je m’imagine que tout le monde trippe sur moi ben raide. Je suis sortie à La très chic Rockette l’autre fois pis y’avait un chanteur faque j’t’allée y montrer que j’avais perdu cinq livres y’a eu l’air d’aimer ça, pendant qu’on dansait il m’a demandé si je voulais qu’on s’en aille ensemble j’ai dit oui avec la tête en me mordant la lèvre oupelaye full cochonne. Avant de partir avec, j’t’allée aux toilettes pis quand j’ai vu ma face j’ai juste eu envie de me faire border avec ma doudou dans’ face. Quand je suis sortie pis que Vince m’a vu la face à son tour, il a proposé qu’on parte sans dire bye à mon nouveau chum-chanteur, j’ai fait semblant que je voulais pas pendant deux secondes pis deux autres secondes après je pleurais vraiment fort dans le taxi, couchée sur les cuisses à Vince, en gueulant ma souffrance au chauffeur. «Moi, je le sais qu’il aime pas parler de son père parce qu’il comprend pas encore les sentiments qu’ils entretiennent un pour l’autre, moi je le sais qu’il aime décider ce qu’il va porter le lendemain avant de se coucher le soir, moi je le sais que ses CDs sont classés en ordre alphabétique de première chanson. Elle sait quoi, elle? Elle sait rien. Elle sait rien rien rien rien rien rien riennnnnnnn. Moi, je sais touttotutoutoutoutoutoutout. Il peut ben arrêter de m’aimer, je m’en fous, je l’aime quand même. Juste pour le faire chier.» On est arrivé pis je me suis endormie dans ma morve. Ce lendemain-là a été particulièrement pénible, je m’en souviens.

Sérieux je m’aide pas tant à soir là, j’écoute Safia Nolin, le cover qu’elle a fait de Va-t’en pas sur YouTube sur repeat.

J’aimerais ça être capable de dire : «Sérieux tout est chill» quand le monde me regarde avec pitié, mais j’suis pas capable. Je mets tout le monde mal à l’aise parce que tout le monde aimerait mieux que je dise que sérieux tout est chill. J’ai supprimé son nom de mon cell, mais pas les messages parce que j’aime ça les relire faque dans le fond j’ai rien supprimé pentoute je peux toujours continuer la conversation quand bon me semble. Je le fais pas ou très peu là. L’autre fois, il m’a textée «Bonne nuit ☺» JE PENSE QUE TOUT N’EST PAS PERDU. Ahhh oui tout est perdu, c’était un textback, c’était pas sa propre initiative.

Je réinvente ma vie aux deux jours. J’ai fait du yoga une fois sur St-Lau, du yoga chaud pis drette quand le cours a fini je l’ai texté : «Je fais du yoga, maintenant!» Juste pour qu’il se dise que je vivais donc ben des affaires. Ça, c’était dans ma passe : «C’est pas parce qu’on est pu ensemble que t’es pu important pour moi, let’s be friend! ☺ ☺» Ça a toughé deux jours parce qu’un moment donné on était censé aller prendre un café (entre amis) pis il pouvait pu finalement pis il me l’a annoncé pendant que j’étais entrain de mettre le chandail qu’il aimait full faque ça a un peu chié mes plans d’amitié parce que j’ai jamais autant pleuré quand un de mes amis m’a annoncé qu’il devait annuler notre café ensemble. Je pleurais toute seule en brassière dans la salle de bain pendant tellement longtemps que j’ai fait croire à Vince que je me faisais les jambes. Je fais croire plein de petites affaires tout le temps. J’essaie de conserver ce qui me reste de self respect. Vince s’en foutrait de savoir que je pleurais, mais je veux juste pas lui tapper sur les nerfs.

Je pensais souvent à ma plug d’ordi que j’avais oublié à l’appart. Je sais pas pourquoi. Pourtant j’en avais trouvé une autre chez Vincent, je sais pas pourquoi, j’y pensais tout le temps. Quand j’t’allée la chercher, hier en finissant la job, je l’ai trouvée sur la table de la cuisine avec mon linge que j’avais laissé dans la sécheuse tout bien plié. J’aurais aimé ça trouver ma plug dans la chambre pis mon linge dans la sécheuse. À leurs places. Ça m’a décôlissée c’est fucké. Ça pis les deux verres d’eau sur la table de chevet. Mais quand même plus ma plug dans la cuisine. C’est pas explicable.

J’ai aucun repère, ma fille. Je me fais penser à un bébé sur une table à langer qui étire tous ses petits membres vraiment raides en hurlant. C’est comme ça que je me sens quand je me réveille le matin pis c’est encore comme ça quand je me couche le soir. À travers ça, faut que j’aille travailler, que j’aille à mes cours, que je sois fine de temps en temps pour que les gens que j’aime oublient pas mes qualités.

Avec ce qu’il me reste de censé, je vais essayer de pas trop coller longtemps chez Vince sauf que si c’était juste de moi, je passerais ma vie ici, stand by avant une autre vie qui s’enclenche. On dirait que chez Vince je suis un peu dans les limbes, si ça se peut.

Des doigts d'enfant

Stand by avant l’enfer, genre.

Crédits photo : Christian Quezada

Qu’on se désole, qu’on se désole.

Bon faque c’est ça il veut pas te le dire faque je vais te le dire moi-même. Y’a rencontré quelqu’un pis ben nous deux c’est fini. Moi j’ai pas honte de le dire lui je sais pas pourquoi il veut garder ça secret peut-être parce qu’il sait que les mois qui s’en viennent pour moi vont être rough pis longs pis tabarnaquement dégueulasses sur plein de niveaux faque il se dit que s’il attend avant de l’annoncer il va peut-être pouvoir faire semblant que c’était pas de sa faute, mais oui c’est sa faute pis vue que je l’aime j’y ai dit que j’allais pas le dire, mais là fuck off on est samedi soir c’est l’enfer être toute seule un samedi soir à garder un secret dont on veut même pas être au courant du secret nous-mêmes esti. Il dit qu’il veut prendre son temps pour l’annoncer tranquillement mais bof à soir je m’en côlisse de lui je veux qu’il aille en enfer j’ai calé du vin toute seule pis je braille des fois, mais souvent j’arrête parce que j’ai peur qu’il arrive. À soir c’est moi qui a l’appart t’auras deviné. Demain faut que je sois partie pour midi pour qu’il vienne chercher ses affaires esti que c’est dégueulasse j’en reviens pas comment c’est dégueulasse je vais faire quoi moi à midi esti aller téter un café sur Beaubien sûrement comme une grosse épaisse. J’ai pas envie de le voir parce que j’ai peur d’y cracher dans face, mais en même temps j’ai envie de le voir parce que j’ai envie de le flatter pis d’y chuchoter: «Fais-moi pas ça, fais-nous pas ça viens t’asseoir je veux pas savoir c’est qui mais en même temps parle-moi d’elle parle-moi de son sourire compare-moi à elle toi-même, dis-moi tout de suite ce qu’elle a que j’ai pas comme ça quand je vais me comparer à elle je vais savoir quoi me répondre s’il-te-plaît fais-moi pas ça fais-nous pas ça.»

J’ai peur de le tuer Caro comprends-tu ça j’ai peur de le tuer.

Il m’a dit que c’était pas moi évidemment, mais je le sais que c’est moi sinon tu voudrais que ce soit quoi? J’aimerais ça que tu sois là pis que tu lui parles, mais en même temps je sais que y’a rien à faire il est parti mon amour est parti. Tantôt je me suis cachée dans le garde-robe pour pleurer parce que je veux pas que les voisins m’entendent pleurer je veux pas que les voisins sachent que c’est fini nous deux on dirait que moins de personnes le savent moins que ça existe. Faque je me dis que c’est peut-être pour ça qu’il veut pas en parler tout de suite, mais en même temps je sais que c’est pas le cas parce qu’il s’en va chez elle. Il s’en va chez elle faque je sais que c’est vraiment juste par égoïsme qu’il veut pas que ça se sache tout de suite c’est même pas parce que ça se peut qu’il revienne, c’est vraiment juste parce qu’il assume rien.

Il a bien fait sa tromperie il m’a dit qu’ils s’étaient même pas encore embrassés wow est-ce que j’aurais du lui dire merci? Je me demande. Faque moi je suis ici on est samedi soir et je sais qu’il l’embrasse peut-être en ce moment pour la première fois. Des fois je m’imagine qu’elle embrasse mal pis qu’il pense à moi pendant, parce qu’on se disait souvent qu’on embrassait bien les deux ensemble et qu’on embrassait pas si bien avant de se rencontrer pis qu’on avait upgradé notre manière d’embrasser ensemble. Maintenant ça veut rien dire tout ça. Faque il l’embrasse, il commence une nouvelle manière d’embrasser avec elle peut-être au moment où j’écris ces lignes-là. J’aimerais ça que tu sois avec moi j’aimerais ça que quelque chose puisse me faire du bien j’aimerais ça m’éteindre pendant six mois pis me rallumer juste après pis que la vie ait passer pis que j’aie pas été dans la vie pendant ces six mois-là. Je sais que tu comprends, mais j’ai toujours envie de répéter comprends-tu Caro comprends-tu?

J’ai peur de pu jamais être moi-même j’ai peur là si tu savais comme j’ai peur. Lui pis moi c’était lui pis moi. Je sais je dis des évidences mais crime dans ma tête lui pis moi ça veut dire tellement que de juste écrire lui pis moi ça évoque tellement. Lui pis moi. Nous autres. Chez nous. Juste ces mots-là ont tellement d’impact dans mon cœur. J’ai envie de parler de mon organe de cœur parce que c’est vrai que j’ai mal au cœur c’est vrai que j’ai le cœur gros j’ai l’estique de gros cœur de pogné dans gorge depuis hier pis des fois il me monte din yeux mais souvent je l’ai juste dans la gorge. Pis y redescend. Pis y remonte. J’ai appelé mon père tantôt pour y dire. Il le savait juste quand j’ai dit salut. Y’a dit : «J’suis désolé mon bébé.» J’ai entendu dans sa voix toute la peine qu’il avait eue quand ma mère l’a laissé pis y’a rien trouvé à dire y’a rien à dire à un amour perdu on dit je suis désolé pis on le pense vraiment parce que c’est de la désolation. Ma mère a laissé mon père quand y’avait quarante ans pis mon chum me laisse quand j’en ai vingt-six. Mon père a raccroché pis je me suis sentie mal de y’avoir fait revivre ça.

Accueillir du monde chez nous en peine d’amour de monde dans la vingtaine esti je les écoutais je leur faisais un thé je les écoutais encore ça m’a jamais fait chier j’imaginais tellement bien qu’est-ce que ça me ferait s’il s’en allait que je prenais toute au sérieux après ça j’allais me coucher je me collais les fesses sur lui pis je disais bonne nuit mon amour. Bonne nuit mon amour parce qu’il allait être encore là demain, mon amour, pis je compatissais avec les amours perdus mais je me virais de bord pis le mien était là esti que je peux pas m’imaginer sans mon amour. Sans son amour. J’ai même pas l’impression que je peux être quelqu’un j’aimais tellement son amour j’aimais tellement ça qu’il soit là pour vrai c’est basic mais j’adorais ça qu’il soit là pis aussi tantôt comme une épaisse je me suis lavé les cheveux avec son shampoing pis là tout ce que je sens, c’est lui, dans ma grosse crisse de robe de chambre laide. Je me suis habillée en-dessous de ma robe de chambre d’un coup qui reviendrait à soir en me disant que finalement a l’embrasse mal.

Pis j’y écris des lettres. Quand on a commencé à sortir ensemble. J’y écrivais des lettres d’amour. L’année passée j’y ai demandé qu’est-ce que je pourrais faire pour le reconquérir si jamais on se laissait. Il m’avait dit : «Écris-moi une belle lettre et je vais te revenir.» J’y en ai écrit douze depuis hier.

Je perds la tête, Caro. Je m’excuse de te pitcher ça de même. Je te réécris demain pour des jokes peut-être. Pas ce soir, je suis désolée. Je suis toute désolation ce soir. Avec mon kit qui sert à rien, en-dessous de ma robe de chambre. Donne-moi un peu de tes nouvelles, s’il-te-plait. Je vais te relire en boucle demain toute la journée. Que tu me parles de toi ça peut juste me faire du bien. Je veux plus jamais parler de moi. Je veux m’oublier pour un bout. Fuck toute la bullshit de prendre du temps pour soi pis d’apprendre à s’aimer. Je m’aime quand y m’aime. C’est dégueu han, mais c’est ça. M’aimer sans lui, ce sera pour une autre vie. J’ai vécu deux vies la nuit passée tellement elle a été longue. Compté de même c’est sûr ça va plus vite. J’avais pas fini d’y donner mon amour. Je vais continuer de l’aimer longtemps, tanpis pour lui, criss de cave. Toutstamour-là gaspillé, mais j’ai honte de rien. L’aimer c’est ce que je fais de mieux.

Je vais pas me mettre à m’haïr pour ça aussi sinon j’ai pas fini. J’servirai l’humanité une autre fois.

Crédits photo : Christian Quezada

Ma fête de l’amour.

Le 27 juin passé. Pour des raisons qui sont pas toujours comptables/contables, j’ai juste décidé de m’organiser une fête. De même. Pour rien. J’ai commencé par trouver un endroit, ça a été quand même simple.

– Maman?
– Salut toi! Ça va-tu?
– Pas full, non. Je peux-tu emprunter votre maison pour inviter toute la famille demain? J’ai envie de me coller din boules de grand-man.
– Ok, t’es où là?
– Chez nous.
– Avec qui?
– Personne, je braille. Je ferais ça demain après-midi. C’est-tu correct?
– Euh, oui. Oui oui!
(Je l’entends raconter à mon père : «A pleure, a dit qu’a veut faire un party demain après-midi.»)
– On va fournir des hot-dogs.
– Chill merci beaucoup. À demain.
– Ok, veux-tu que j’aille dormir avec toi?
– Non ça va, merci. Je t’appelle tantôt je vais faire des invitations là.

Faque j’avais mon spot. Me restait à inviter ma grand-mère pis ses tots.

– Salut Mamie.
– Hey salut, salut. Ça va bien?
– Pas full non. Demain je m’organise une fête chez mes parents pour me mettre de bonne humeur. Y va y avoir des hot-dogs. Voulez-vous venir toi pis grand-pa?
– Ah ben, oui. On va être là. À quelle heure tu nous attends?
– J’sais pas. Midi? Je penserais pas full dormir à soir faque on va pas faire ça pas trop tard demain. Je prévois me coucher de bonne heure demain, le cœur rempli de ton amour.
– Ouais. Ok. Ça va aller?
– Ouais, ouais. J’ai le cœur s’a flotte depuis kek temps. J’ai envie de voir mon monde.
– C’est-tu correct? T’es sûre?
– Oui, je te dis. J’ai envie de voir tout le monde. Ben contente que vous puissiez venir.
(Je l’entends raconter à mon grand-père : «A veut faire un BBQ demain pour se coucher le coeur rempli d’amour.»)
– On va apporter notre jeu de poches. Pis si y fait pas beau, on va apporter notre jeu de tocs.
– Ah ben crime merci. C’est le fun. À demain. J’ai hâte.
– T’as la voix triste.
– Ben oui, je le suis. J’ai hâte de vous voir, ça va aller mieux demain.
– Bon, parfait. À demain là. On se voit demain. On t’aime.
– Moi aussi je vous aime.

J’avais la place, j’avais des hot-dogs, j’avais la grand-mère, j’avais le jeu de poches. Me fallait des niaiseux. J’ai appelé mes cousins.

– Salut, Jean-Coq?
– Hey salut, ça va?
– Ouais non, pas vraiment. Faque j’organise un BBQ chez mes parents demain midi. Y va avoir des hot-dogs. Mamie pis grand-pa emmènent leur jeu de poches. Tu veux-tu venir?
– C’est-tu une joke?
– Non, je te jure y’a comme de quoi de pas nice qui se passe dans ma vie, j’ai besoin de me reconcentrer sur des affaires le fun. J’angoisse pour des niaiseries pis je badtrippe souvent là, j’t’un peu tannée.
– T’es où là?
– Chez nous.
– Veux-tu que j’aille te chercher demain matin? T’as-tu besoin d’un lift?
– Si tu veux. Ça pourrait être le fun.
– Je vais nous graver un CD pour dans le char pis j’appelle mes sœurs. On va être chez vous vers 10:00. C’est bon? On va t’aider à préparer ton party.
– Tu vas nous graver un CD? Esti que t’es nice.
– Ain’t no mountain high enouuggghhhhhh.
– Cool. On se voit demain.

J’avais déjà le sourire plus facile. Ma fête allait être nice en crisse. J’avais pu de face tellement je braillais depuis trois jours dans le noir, chez nous, pis là tout d’un coup ça avait l’air de pouvoir finir par se tasser, mettons nuageux avec éclaircis genre. J’ai fini par mon frère. C’est sa blonde qui a répondu.

– Salut toi! Ton frère est dans la douche, ça va?
– Pas vraiment non. Demain j’organise un party chez mes parents. Ça va être une fête de l’amour. Pour moi. À moi, de moi. J’ai besoin de voir tout le monde. Ça va être vers midi. Y va y avoir des hot-dogs. Pis un jeu de poches.
– Ok, parfait ça. On va faire quelque chose, ok? Toi pis moi, ok?
– Ok, quoi?
– On va pas le dire à ton frère. Sinon, y va pas dormir de la nuit. Je vais m’arranger pour qu’on aille chez tes parents demain, mais je vais pas lui dire ce que tu viens de me dire, ok?
– Comme tu veux.
– Je suis sérieuse. Ton frère pis moi, on t’aime beaucoup. Je sais pas si on prend assez le temps de te le dire, mais si ton frère savait que t’as cette voix-là en ce moment, y pourrait virer fou. Demain, on va être à ton party, pis on va te serrer fort fort dans nos bras. Je vais raccrocher, ton frère sort de la douche. Je t’appelle tantôt quand je vais aller faire des commissions. Je t’aime beaucoup.
– Moi aussi, je t’aime.
– Je dis ça «je t’aime beaucoup» parce que c’est les mots qu’on m’a appris comme étant les plus forts pour faire comprendre à quelqu’un à quel point on se considère chanceux de faire partie de sa vie. Mais si y’avait des mots plus forts, j’te les dirais. Tu comprends?
– Moi aussi, je t’aime. Inquiète-toi pas pour moi.

J’ai reçu un appel à 19 :32. Ma tante.

– Allô ma belle. Je te dérange?
– Non, pas du tout. Tu vas bien?
– Oui, toi?
– De mieux en mieux.
– Bon, good. Je voulais savoir si je pouvais venir à ta fête, demain.
– Ben, c’est sûr. Je t’ai pas appelée parce que je voulais pas te déranger.
– Tu me déranges jamais. Je vais être là vers midi et j’apporte du dessert.
– Ah wow, c’est gentil. Merci.
– Ça me fait plaisir, rappelle-moi si t’as besoin de quoi que ce soit, sinon on se voit demain.
– Parfait, merci. À demain.

Comme prévu. J’ai pas beaucoup dormi cette nuit-là. J’étais pas capable de me concentrer sur quoi porter, tout était ben trop compliqué pour rien, pour moi. J’ai rappelé mes parents pour leur dire qu’on serait une dizaine à ma fête de l’amour. Y’ont dit qu’on pouvait être le nombre que je voulais. Une dizaine, c’est assez. Quand mes cousins sont arrivés chez nous, le lendemain matin, ma cousine m’a maquillée un peu pendant que mon cousin faisait la vaisselle. Y’avait une belle énergie saine dans tout mon appart, c’était le fun de le voir à la lumière. On est descendu chez mes parents en chantant pis en riant. Pendant qu’on descendait, on se tenait par la main, on se bécotait, on se flattait les joues du bout des doigts. Ça allait déjà mieux. Arrivés chez mes parents, mon frère était là, y’avait pas beaucoup dormi, ça paraissait. Mes invités sont vnus partager mes hot-dogs. On a joué aux poches. Ma grand-mère m’a flatté les cheveux longtemps. On a installé des couvertes à terre dans le gazon pis on a tous pris le temps de se raconter notre début d’année. On avait pas peur des détails. On s’aimait déjà, on avait pas à essayer de bien paraitre pour qui que ce soit. Ma fête de l’amour s’est bien passée et tout le monde a trouvé l’initiative vraiment bright. Chacun de mes invités était content d’être là, ça paraissait. J’étais heureuse parce que je me disais qu’avec toute l’estique de vie de malade qu’on vit, ces gens-là avait quand même décidé de faire pause pour renouveler nos vœux d’amour qu’on s’était fait kek mois plus tôt, à Noël. On s’est pas déçu. On s’est vu aimer pis être aimé en retour. Même si le trois-quart du temps on se tappe sué nerfs, on sait ben trop qu’on s’haït pas. On s’est promis que la fête de l’amour avait pu de date officielle, n’importe qui pouvait la caller n’importe quand.

Vers 20 :00 chu tombée fatiguée, comme prévu par mes dernières journées de café-clope-insomnie. J’entendais mes invités rire dehors, je me suis endormie dans le divan. Mon frère m’a montée dans mon lit. Si y’avait des mots plus forts que «je t’aime», j’y aurais dit.

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En attendant d’en inventer des nouveaux, on a utilisé les vieux pis on les a pas trouvés usés.

Crédits photo : Christian Quezada

Freakofreak Skypofreaky freak.

Salut

J’hésite entre t’écrire un gros courriel rempli de manipulations toutes plus évidentes les unes que les autres, de tentatives de te faire sentir vraiment cheap cheap cheap cheap de pas avoir pu me parler plus que cinq minutes de ta journée, de pas m’en avoir assez donné de pas avoir cru bon de pas être trop fatigué en répondant à mon appel. J’hésite entre faire ça ou bien juste te dire à quel point j’avais attendu ce moment toute la fin de semaine à quel point j’ai pensé à toi dans ma tête tellement souvent en fin de semaine, je peux pas t’énumérer toutes les fois où je t’ai senti vraiment près tellement près parce que je me disais que si des fois je réussis à deviner qui m’appelle sans checker sur mon afficheur ben c’est une affaire d’ondes pis de sentiments faque je me disais que toutes les fois où je pense à toi tu dois ben le sentir au moins une fois sur 5? M’as-tu senti penser à toi en fin de semaine?

Pourtant je voudrais jamais que tu penses que je suis fâchée d’avoir accepter notre contrat. Je le vois comme ça, un contrat sur du long terme. C’est juste que des fois c’est plus compliqué de me voir dans l’avenir de me projeter encore à tes côtés de me dire que toi aussi tu es bien à honorer notre contrat. Des fois je palpite quand tu oublies de faire ta sieste avant qu’on se parle. Ouais y’a des fois cutes qu’on s’endort les deux sur Skype, mais là on peut pu faire ça mes colocs pètent un peu la coche des bills d’Internet que ça fait. Ok je t’écris pas pour te parler de Vidéotron.

Je t’aime tellement mad.

C’est dégueu lire ça? C’est vraiment dégueu de l’écrire aussi, je te rassure. Mais je sais plus comment le dire. Ça fait mal d’aimer autant un écran d’ordi. Un message texte de bonne nuit, un snapchat de ton nouveau bike. Je sais pas combien de temps je vais être capable de supporter tes petits dessins de deux personnes qui se tiennent la main le matin. L’autre jour j’ai pensé nous acheter la Apple Watch pour qu’on se poke. C’est l’enfer penser ce genre d’affaires là je me sens sale d’avoir pensé ça. J’essaie de trouver des moyens de te retrouver dans mon quotidien, de te sentir plus près. Je connais l’existence des camps de travail en Corée du Nord pis j’ai quand même envie de te dire que c’est la pire affaire sur la terre nos 789 km de distance chu tu un monstre? Sois honnête chu tu le pire être humain?

Je comprends que t’es fatigué, quand t’es fatigué pis que tu te couches sur mes cuisses pendant que je lis un livre je trouve ça ben correct que tu sois fatigué, mais là quand t’es fatigué loin de moi je trouve que ça aussi c’est la pire affaire sur la terre parce que là avec des petits yeux de dodo je te vois les petites paupières un peu gonflées dans l’écran je vois que tu viens de prendre ta douche pis que t’es dans des couvertes qui font froufrou pis que moi je suis sur ma tite côlik de chaise d’ordi à te regarder sentir bon avec la fenêtre un peu ouverte sur toi pour que ton odeur de cheveux se rende à moi je suis rendue une estik de freako des odeurs de toi. Quand je te vois dans l’écran j’ai toujours envie de crier : DOUDOUDODDUODUODUODDUDOUIIIIIIDOUODUODUO DUMOUOUMOUOMOUMOUDOUUIIIII !!!!!!!! ALLÔÔÔÔÔÔÔÔ TOUIIIIIIIIIIII DOUDOUDOUDMOULLLLLLLMOUIOOOOUIWOWOO WOWOWWAAAWAAWWWIWEEEEE

Ben oui je profite de la vie ben oui je fais quand même plein d’affaires inquiète-toi pas je sors inquiète-toi pas je parle de toi à Louis même si y’est même pas encore capable de reconnaître sa propre mère, mais aujourd’hui c’est une journée où je vois pas le boute de notre séparation aujourd’hui j’ai envie de tout lâcher parce que j’ai vraiment mal dans mon corps je te le jure je le ressens j’ai mal que tu sois pas là. Un moment donné j’avais aimé quelqu’un qui m’aimait pas je pensais que c’était la pire affaire de penser à lui qui pensait jamais à moi mais finalement c’est pire de penser à toi qui pense à moi parce que des fois je me force pour que ma journée ait pas l’air si cool pour pas que tu penses que je suis trop épanouie sans toi. Faque des fois j’ai pas l’air intéressé quand je parle de mes journées parce que j’essaie de jouer le détachement de ma vie sans toi, c’est quand même pathétique de faker un détachement de sa propre vie. Sauf que je veux pas que tu penses que je te le dis parce que je veux te faire feeler cheap de quoi que ce soit, c’est justement l’inverse, je le réalise et en même temps je me dis que tu fais peut-être la même affaire. Fais-tu ça toi? Je voudrais jamais jamais que tu fasses ça pour moi.

J’ai peur de la suite. J’ai peur que tu me trouves pu cute de t’appeler pour savoir où mettre tel cadre dans ma chambre. Le jour où je vais poser un cadre sans te demander ton avis, j’ai peur que ça brise quelque chose entre nous. En même temps faut ben que je le fasse, que je fasse des affaires sans toi. Des fois je comprends pas pourquoi y’a pas la fondation «Amour à distance» qui existe pour que des riches milliardaires nous donnent des moyens d’être plus souvent ensemble. Pis quand je me dis ça je me dis encore que je suis le pire être humain parce que y’a des enfants malades sur la terre qui veulent aller à Walt Disney. Sauf que toi, t’es mon Walt Disney baby. Ah je peux pas dire ça je suis pas correct.

En fin de semaine au chalet j’ai pensé à toi tout le long je suis tannée de créer des souvenirs sans toi c’est l’enfer créer des souvenirs sans toi, même si on a niaisé comme quoi on allait photoshopper ta face sur les photos qu’on a prises dans les marches, je trouve ça épouvantable ton absence de mes souvenirs parce que je me dis que pendant ce temps-là t’en crées toi-même simultanément avec d’autre monde que je connais pas. C’est pour ça que j’étais un peu froide quand je les ai rencontrés. Je me demandais si on connaissait la même personne. Si tu leur donnais le meilleur de toi-même, j’avais peur qu’il m’en reste moins.

Aussi la dernière fois que t’es venu je sais que j’étais pas complètement woupelaye laye laye ok je te dis pourquoi tant qu’à t’avoir dit que t’étais mon Walt Disney. J’arrêtais pas de me trouver vraiment conne de vouloir qu’on s’en aille d’être avec ta famille. Je suis tellement désolée. J’étais pas capable d’arrêter d’avoir envie qu’on soit juste tous les deux pis je me disais que ça y’était, j’étais virée crackpouts, pas mon genre d’avoir envie que ta famille disparaisse. Je me comprends pas des fois, je suis désolée.

La moitié de ce que je viens d’écrire là est un peu cute, l’autre moitié est super creapy. Je me sens mal mais faut que je te dise ces affaires-là je pense. Sinon on s’en sortira pas. 7 de faits, 10 to go mon loup. J’ai besoin que tu me dises que ce qu’on fait là, c’est pour la vie, c’est pour notre vie, j’ai besoin que tu me répètes que ça va aller et que tu me gardes un peu du meilleur de toi-même. Sinon je vais tuer ta famille.

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Fuck j’ai fait send.

Mon dernier chef-d’oeuvre.

On dirait que je suis contente de constater que c’est plus moi tout ça, que c’était peut-être moi, mais que c’est terminé. J’accepte que ce soit arrivé et chaque jour que je l’accepte, ça continue de se terminer.

On se dit toujours que ça va passer en fait on se le fait dire plus souvent qu’on se le dit soi-même, mais on y croit pas et la vérité, c’est que toute cette peine qu’on ressent limite on la trouve belle je pense, on l’entretient, elle nous tient compagnie, elle est un bon prétexte, un bon lien qui nous unit encore aux troubles, au faux-égo, à un semblant de certitude.

On me disait que le temps arrange les choses et sérieux je me souviens pas d’avoir plus eu envie d’envoyer chier du monde de toute ma vie que quand on me disait que les choses se tassent, que la vie continue, que des fois, y’a des maux qui arrivent de façon snobinarde et conne et que ces maux-là sont nécessaires à notre bon, à notre mieux en tout cas. J’aurais pris toute cette petite brise que tout le monde pensait me gonfler les voiles avec et je l’aurais crissée au boute de mes bras. Ouais. Crisser une brise au boute de ses bras. Tu m’en crois pas capable? Je sais ben que moi-même j’en aurais pas été pas capable, je me souviens de ma mollesse et de ma pesanteur là-dessus t’as un point sauf que l’affaire, c’est que cette peine-là était capable en esti, c’était la peine la plus game que t’auras jamais vue de ta vie, c’était la peine la plus élaborée que j’avais jamais construite, je la préservais de toute ce qui aurait pu lui arriver de disgracieux. C’était mon œuvre, notre œuvre, notre lien. Le feeling de se dire que notre peine, c’est l’affaire la plus fiable sur laquelle on peut compter. Ouin. Elle pesait sur mon cou par secousses presque prévisibles, elle me tiraillait toute le dedans, mes tempes étaient des petits fossés vides de chaque côté de ma tête remplie de plein de riens compliqués qui alourdissent, je regardais toujours par terre je me souviens même pas d’un seul nuage ou d’un seul rayon de ce temps-là je me souviens du bitume je me souviens de l’asphalte mouillée. C’est toute.

Ma peine m’empêchait de juste marcher dans la rue quand je marchais dans la rue, mais elle faisait tout ça pour moi, elle m’empêchait de faire des trucs, m’en faisait faire aussi beaucoup, je calculais des affaires que j’aurais jamais pensé calculer, je la voyais comme une acolyte je pense, je pourrais la dessiner si elle pouvait se contenir en une page, en un tableau, si elle était moins texturée. J’ai pas encore tous mes outils qui sont de retour aussi, peut-être qu’un jour je te la gribouillerai le temps d’une chanson, mais faudrait que ce soit dans un bon moment où j’arriverai à me persuader que c’est pas parce que je réussis à me l’imaginer avec exactitude qu’elle est revenue. Parce que des fois j’y rêve, ouin des fois j’y cauchemarde, c’est encore un exercice de me convaincre que c’est pas parce que je l’entrevois qu’elle est là pour rester. Oui des fois je la vois encore, ce serait niaiseux que je fasse comme si non. Je la salue pour me flatter dans le bon sens, je me répète tout ce que j’ai fait depuis cette peine, je me sens capable, surtout et peut-être même pour de bon.

Je me souviens, je marchais dans la rue, il y avait pu jamais juste moi qui marchait dans la rue, il y avait quelque chose au dessus de moi qui faisait que c’était plus possible pour moi de juste marcher dans la rue, je marchais pu jamais juste dans la rue, je me rendais en quelque part ousser que la destination importait pas parce que c’était pas aussi simple que ça en a l’air pour tout le monde autour, marcher dans la rue, pour moi. Marcher dans la rue c’était la fin de toute, peu importe où j’allais je m’éloignais, je me voyais, je m’abominais. Des fois je suis bien quand je pense que je me suis jamais craché dessus. Ouin. Peut-être que ça m’aurait fait du bien. Je veux pas y penser.

Aujourd’hui j’ai fait des choix ouin c’est niaiseux tellement c’est simple han mais j’ai fait des choix et là je me rends compte que je marche dans la rue et que je fais juste marcher dans la rue tu comprends tu le feeling de juste marcher dans la rue ? Sans thème ni cocus mon amour de peine je fais juste marcher dans la rue et c’est tout ce que je fais. Je prévois marcher dans la rue et c’est ce que je fais ; marcher dans la rue. J’ai rencontré quelqu’un par hasard l’autre fois on a discuté un peu peut-être qu’on a partagé deux trois journées je me souviens mal, il m’a dit que j’étais belle, j’ai continué mon chemin parce que j’avais pas envie de me faire trouver belle par un voyageur des petits chemins, pas maintenant, une autre fois peut-être, là je suis trop concentrée à me trouver moi-même une destination.

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T’sais des fois j’arrive même à me trouver pertinente. Je me dis ayoye c’est pas con mon affaire. Pis après je me sens même pas dégueue d’avoir ressenti de l’empathie pour moi-même, de l’estime. Pis après ça je continue de marcher. Juste marcher. Esti.

Moitié elle.

C’était le genre de soirée moitié monde que je m’en crisse, moitié elle.

J’t’allé parce que ça faisait longtemps que j’avais pas bu du fort à bouteille en espérant que ça se finisse comme chaque fois qu’on boit du fort à bouteille.

Elle pis moi, on aime ça boire du fort à bouteille en se checkant din yeux de biais, sans se parler, juste en se regardant dans les yeux de biais en calant du Jack à bouteille. Chacun son truc. Qu’est-ce tu veux. Prochaine affaire tu sais on se parle pas de la soirée, on cale chacun de notre bord, en attendant. On se rejoint en silence en fin de soirée, juste le fait qu’elle accepte l’invitation à la soirée du monde qu’on s’en crisse, me laisse deviner qu’elle me dira encore pas non. On va finir ça dans notre ailleurs, pour jaser de tout pis de rien, mais surtout de rien. Si notre ailleurs existait pas, j’aurais pas vraiment de raisons d’avoir un ici, je pense.

Si seulement c’était quelque chose de passionnel, si seulement je pouvais accuser un passage chaotique de ma vie si seulement je pouvais dire que personne m’attend.

Ça faisait quand même un bout que j’avais pas googlé son nom, je pensais être guéri.

Prochaine affaire tu sais on se parle de ce qui fitte pas à job, de nos aspirations mortes, de nos parents qui vieillissent à vue d’œil, du fait qu’elle haït être une fille de son âge. Elle me dit qu’elle a hâte d’avoir trente ans, qu’à trente ans, elle va se reconnaître enfin. Elle pense qu’elle va être plus belle qu’elle a jamais été, rendue à trente ans. Je la trouve déjà noble, mais j’essaie pas de la convaincre. On essaie pas de convaincre les convaincues. Sauf que c’est vrai que je l’ai jamais vue comme une fille. Comme une femme non plus tant qu’à ça. Je l’ai jamais associée à une réalité. Elle entre dans aucune de mes catégories. Je me trompe souvent entre le nom Jeanne pis Martine mettons, mais est pas dans cette catégorie-là non plus des mixes de noms. Je me trompe jamais entre ma blonde pis elle non plus sont dans deux catégories différentes, mêmes pas opposées. Presque complémentaires. Non, sont complémentaires.

On s’éclipse du monde, même pas pour aller frencher. On s’éclipse du temps, plus. On sacre l’espace temps au boute de nos bras pis on se retrouve les deux. On n’a jamais passé plus que disons vingt-quatre heures ensemble. Des fois, je me demande si je l’imagine. Moi, je sais que je m’achète des clopes juste pour quand je vais parler avec elle. Tout le monde pense que j’ai arrêté de fumer, elle pense que j’ai jamais arrêté. Je supporte très bien la voir embrasser son chum, elle réagit pas quand j’embrasse ma blonde. C’est autre chose. Ce qu’on est quand on est ensemble, ça se prend pas pour emporter, ça se met pas dans une poche, ça s’écrit pas dans une conversation Facebook. Elle a pas besoin de me parler de ses angoisses, je les lis dans son visage, c’est pour ça qu’on boit du Jack, sinon elle regarde partout en même temps, sauf vers moi. Il nous faut du Jack pour qu’elle accepte ce qui pour moi s’avère simple, même si elle aimerait que ça se mette dans une conversation Facebook. Elle essaie souvent de me faire dire qu’elle me manque. Elle me manque toujours, elle va toujours me manquer, mais je peux pas lui dire ce genre de trucs, je veux pas m’enfuir avec elle, je veux qu’on reste où on est et qu’on se rencontre au milieu.
Je veux lui parler dans ce milieu-là, de ma chienne qui est morte le mois passé, du fait que je comprends plus mon meilleur ami, de ma grand-mère qui se rappelle pas mon nom. Elle répond à tout ça qu’on devrait se programmer pour se réveiller à la même heure tous les matins, chacun dans notre quotidien. J’ai envie qu’on le fasse, mais je pense à quand ma chienne est morte. J’aurais aimé qu’elle soit là quand ma chienne est morte. On aurait bu du Jack à bouteille et on aurait fumé des cigarettes, on aurait gossé un écriteau dans du bois. Je peux faire tout ça avec n’importe qui d’autre, mais je supporte pas les silences avec qui que ce soit d’autre qu’elle. Même si on a juste quelques heures à nous, j’ai besoin de choisir ce que je lui dis, je veux la préserver du moi que je suis tous les jours, je veux toujours être avec elle celui que je suis quand je suis avec elle. Je veux toujours qu’on se donne des rendez-vous au milieu de nos vies. Je la veux jamais chez moi. Sa catégorie va s’éteindre la première fois qu’elle me dira non. Je chercherai jamais à la remplacer. Je sais que bientôt son non s’en vient. Elle a pas besoin de me parler de cette angoisse que je représente de plus dans sa vie, je l’ai lue dans son visage la dernière fois qu’on a bu du Jack à bouteille.

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Le monde autour de moi y’est moitié que je m’en crisse, moitié nous. Pis quand y’aura pu nous ben.

Crédits photo : Lily Pinsonneault

Cinq minutes réalistes.

Ma grand-mère, on l’appelle Marie.

– Allô?
– Allô Marie?
– Oui!
– C’est moi!
– Oui!
– J’ai entendu dire que c’était ta fête, cette semaine!
– Oui!
– Ben bonne fête!
– Oui!
– Ça va bien?
– Oui! J’arrête plus de recevoir des appels, les gens sont gentils, ils pensent à moi. Ton père m’a dit que t’avais essayé de me rejoindre hier, mais j’étais au téléphone avec mon beau Jean.
– Il va bien Jean?
– Ah oui, il va très bien. Tout le monde est en santé, moi je suis contente.
– Toi, es-tu en santé?
– Ben c’est sûr que je rajeunis pas, mais je suis pas pire, pour mon âge. C’est pas mal drôle que tu m’appelles aujourd’hui, j’ai pensé à toi toute la journée.
– Ah oui, comment ça?
– Ben je pensais à toi, je me demandais qu’est-ce que tu faisais, aussi, je savais que t’allais peut-être m’appeler.
– Bon ben crime, t’es peut-être une voyante.
– Ah, non, je penserais pas. Je t’ai pas dit ça, l’autre jour, j’ai eu toute une frousse.
– Ah ouin, qu’est-ce qui s’est passé?
– J’avais perdu ta photo.
– Ma photo?
– Oui. J’étais tellement énervée que je la voyais pu. Finalement Julie est venue me voir pis elle l’a retrouvée.
– Bon ben merci, Julie. Était où, la photo?
– À la même place que d’habitude, mais je la voyais pu. Finalement Julie me l’a retrouvée elle a dit, ben est juste là la photo! J’ai paniqué, je la trouvais pu, mais était juste là. T’sais quand on panique.
– Bon, ben au moins ça a bien fini.
– Oui! Toi, tu vas bien là? Tu travailles fort? T’as toujours été travaillante.

..

J’ai eu envie de tout décâlisser, autour de moi. Me prendre un billet de chameau jusqu’à nulle part, aller chercher grand-man, la prendre su mon dos pis l’emmener manger un zambégueur, tranquille. Un esti de bon zambégueur, relish, moutarde, un peu d’oignions sul top pour la santé digestive, mais pas trop d’oignions pass sinon ça pique la langue.

Non, au lieu de ça j’suis sortie dans un bar laitte. Au yable me poser des questions sur la vie en générale, la vieillesse, mes aspirations, vive mes ambitions d’être partout où un amour potentiel pourrait se montrer le bout du nez. Au yable prendre soin de ce que j’ai déjà, faut que j’essaie d’avoir ce que j’ai pas encore pis que je sais même pas encore que je veux. Yessir penser à rien le temps d’une paix, au yable ma ride de chameau avec grand-man, vive me mettre chic pour des inconnus pis me trouver laitte toute la soirée quand même parce que les inconnus sont plus beaux que moi, que je me dis. Vive me comparer à d’autres qui ont l’air vraiment plus relaxes que moi dans leurs vêtements pis qui ont même pas l’air de s’être forcés pour avoir l’air de ce qu’ils ont l’air. Vive les checker me checker, faker un sourire de temps en temps.

Vive avoir du fun pour vrai pendant cinq bonnes minutes d’affilées parce qu’après cinq bonnes bières flattes d’affilées, les cinq minutes de fun sont réalistes.

Pendant mes cinq minutes de fun réalistes dans un bar laitte avec de la bière flatte, t’es venu me voir. Tu m’as parlé de mon amie Sandrine. Tu m’as parlé de Sandrine comme ça faisait longtemps qu’on m’avait parlé d’elle, j’ai même eu l’impression de la revoir pour la première fois, à travers tes mots gentils. Dans les derniers mois, Sandrine avait eu tellement peu de fun à se rendre jusqu’au bout des derniers mois, que j’étais sortie dans un bar laitte avec elle pour qu’elle boive cinq bières pour avoir au moins cinq minutes de fun. Chose faite.

Je t’ai dit, je me cite : «Va pas la chercher, c’est une maganée».
J’t’avais dit ça dans le coin du bar laitte entre deux toilettes ou entre deux clopes, me souviens pu.

Commander, jaser de rien, aller pisser, jaser de rien, aller fumer pour jaser de rien, commander, jaser de l’autre qui t’as dit telle affaire de façon quand même rough, jaser de tes sentiments là-dessus, jaser de rien d’autre et dire salut de la tête à du monde que tu t’en crisses, faire le tour des yeux des possibilités de pas finir tout seul, boire, pisser, retourner fumer pour se parler sans crier, recommander, ma grand-mère a paniqué parce qu’elle pensait avoir perdu ma photo, criss c’est cute, ouais han.

T’as dit de quoi en voulant dire que d’habitude quand notre ami nous parle qu’il veut se ramener une de nos amies, on dit «Ouiiii elle est géniale», pas ce genre d’affaires-là bizarres de fille maganée? J’avais répété, des bulles din yeux, le sourire sur le bout des joues «Sois juste sûr d’être persuadé, c’est une maganée. J’ai pas envie de faire semblant que je sais pas qu’a l’est.» J’aurais du ajouter de quoi comme : «Je me sentirais mal en esti que tu la maganes encore plus, laisse-la refaire sa flore cardiaque avant d’aller te crisser les deux pieds dans son jardin émotif.» Si j’avais eu les capacités de répondre ça à ce moment-là j’aurais été fière de moi, mais en vrai, la bière flatte, ça me ramollit le jugement, j’ai juste répété qu’était maganée pis je voulais pas que tu la maganes encore plus. Maganée, c’est pas cute à dire, ça fait cicatrice dans face à cause d’un canif rouillé, mais sérieux c’est presque ça que je voulais dire. Sauf que cicatrice dans l’âme à cause d’une blessure qui s’est infectée.

Si tout le monde est en santé, c’est ça l’important.

Finalement vers 2 :00 je vous ai bénis entre toutes les femmes, deboute sur le trottoir de février, faisait à peu près moins mille dans mes os pis dans mon enthousiasme. Vous êtes partis pour une lune de carton dans votre taxi de la même couleur que tous les autres taxis de fin de soirée. Je vous ai très mal souri, je m’en souviens, les yeux un peu fermés sur la situation, sans véritable réjouissance des temps modernes dans la voix. Je travaille fort, j’ai toujours été travaillante.

Quand une maganée pis un mélangé s’en vont en bateau, tout le monde tombe à l’eau pis c’est moi qui reste, deboute, sur le trottoir de février, dans le milieu de rien. Dans le milieu de rien parce qu’on prend le temps de rien bâtir, on monte tusuite les escaliers par deux marches, en courant. Pendant ce temps-là, quelqu’un cherche notre photo en paniquant, mais nous on se tient tout seul, le coeur frette sur un trottoir salé de février.

Les prémisses de votre nuit étaient claires et étalées au grand jour d’un samedi de février frette. C’te printemps-là allait pas voir votre amour fleurir.

Je me suis mise à la même place que d’habitude, Marie. À la même place que d’habitude, mais je me voyais pu. Peut-être qui serait temps que j’arrête de me mettre chic pour des inconnus. J’sais-tu.

2013-09-02 02.15.17

Faut pas paniquer, faut prendre le temps de manger des zambégueurs, tranquille. Après on se rend compte qu’on était encore là, tout ce temps-là qu’on pensait s’être perdu.